Débâcles printanières à Saint-Pie (1905-1907)

Par:
Luc Cordeau

L’immense terrain vacant situé entre l’arrière des propriétés de la rue Notre-Dame et la rivière, était, jusqu’au début des années 1900, le principal quartier du village de Saint-Pie. Un pont y traversait la rivière, la majorité des commerces y étaient installés : hôtel, boulangeries, fromagerie, salon de barbier, boucherie, etc. L’église et les écoles se trouvaient, quant à elles, en haut du village. Il y avait plusieurs rues dans le Bas-du-Village : du Pont, Dussault, des Allonges, Cartier, de la Rivière, Sylvain, Guy, Dwyer, Bouthillier, etc. Un important ruisseau, un étang, une baie – la Baie aux tortues -, et trois îles, donnaient avec la rivière, les rapides et la vue sur la montagne, un cachet particulier à ce quartier. C’est dans ce secteur qu’a débuté le Village de Saint-Pie. Avec le défrichement des terres en amont, les crues printanières de plus en plus importantes à la fin du XIXe siècle et, au début du XXe, bloquant souvent pendant plusieurs jours les entrées au pont couvert, ont fini par changer à jamais l’aspect du village.

Olivier Morin demande au Conseil municipal, le 4 avril 1887, de l’aider afin de briser avec de la dynamite la forte glace sur la rivière depuis le bas des îles jusqu’à la tête du rapide. Cet ouvrage protégerait les gens du village en empêchant la glace de s’amonceler. Une somme de 30.00$ lui est attribuée afin de procéder à un dynamitage préventif.

Le Conseil municipal de la Paroisse, lors d’une séance du Conseil, a connu les déchaînements de la rivière le 3 mars 1902 : « À ce moment la débâcle sur la rivière se produit. L’eau entre rapidement dans la partie basse du village où est située la salle publique et force le Conseil à remonter dans la partie supérieure du village pour continuer la séance au bureau du secrétaire de la municipalité ». Le 29 mars 1905, une débâcle importante emporte le dernier pont couvert, de la Compagnie du Pont de Saint-Pie, détruit le moulin de Godefroy Grisé ainsi que des maisons. C’est le début de la fin de ce quartier. Le 4 juin 1906, Trefflé David Ogden se plaint que les chemins du Bas-de-Côte sont en mauvais états, que des gens se sont permis d’enlever des pierres et de la terre dans le chemin.

Une autre débâcle importante, le 30 mars 1907, détruit à son tour une partie de ce quartier mais cette fois, les dommages sont encore plus considérables. Le moulin Bouchard, situé de l’autre côté de la rivière, le pont du Chemin de fer et le nouveau pont de la Compagnie du Pont de Saint-Pie, situés en amont du barrage, sont complètement détruits en plus de nombreuses maisons dont celles de Trefflé David Ogden – sa famille devra être secourue -, de Napoléon Casavant, Cléodimir Bouchard, Camille Blais, dame Louis Choinière, dame Edmond St-Pierre, dame Cordélie Beauregard, etc. Le 2 avril, Trefflé David Ogden demande au maire de prendre les mesures nécessaires pour faire ouvrir le chemin rempli de glace, en bas de la côte. Dans le journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe, du 13 avril 1907 : « M. Jos. Morin, député de St-Hyacinthe, et M. F.H. Daignault, député de Bagot, sont allés visiter les dégâts causés par l’inondation au village de St-Pie. Les citoyens croient que le but de ce voyage est de leur venir en aide ».

À la suite de cette inondation qui a rendu les rues impraticables et qui a permis aux glaces de creuser d’immenses trous, les bâtiments utilisables sont déménagés dans le haut du village. Le 1er mai 1911, le Conseil municipal résolut de fermer les rues du Bas-du-Village et d’installer des clôtures et des barrières à cette fin. Ce quartier qui avait connu les premiers développements de la paroisse venait de disparaître définitivement. Le 4 mai 1959, la municipalité décide de faire niveler une partie du territoire de l’ancien quartier, entre les rues Salaberry et Dollard.

Depuis ce temps, pendant l’été, cette partie du centre-ville, où poussent branches et broussailles, sert de terrains de jeux aux enfants demeurant à proximité et de secteur de pêche pour les mordus de ce sport, notamment lors du tournoi annuel. Depuis 1907, tout ce vaste terrain abandonné continue, à chaque crue printanière, à servir temporairement de deuxième lit pour la rivière et de cimetière pour d’immenses et nombreux morceaux de glace.

Photo:
Quartier du bas du village de Saint-Pie lors de la débâcle du 30 mars 1907. Collection du Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH463, Fonds Charles-Payan.