Honoré Mercier (2)
1879-1890

Honoré Mercier vers 1880Premier passage au pouvoir

En 1878, Honoré Mercier décide à nouveau de tenter le coup en politique fédérale et il se présente dans le comté pour les libéraux. Les conservateurs remportent toutefois l’élection par une mince majorité de six voix. C’est alors que le premier-ministre provincial Joly de Lotbinière demande à Mercier de se présenter à l’élection partielle de juin 1879. Il remporte le suffrage et siège désormais à Québec. Il ne demeurera pas longtemps au pouvoir, le gouvernement Joly basculant dans l’opposition dès octobre lorsque cinq députés libéraux votent contre une décision de leur propre administration. Cette volte-face permet aux conservateurs de Chapleau de se réinstaller au pouvoir. En février 1880, le nouveau premier-ministre approche Mercier pour lui proposer la formation d’un gouvernement de coalition. Les conservateurs et les libéraux sont aux prises avec leurs branches radicales (les ultramontains dans le premier cas et les anticléricaux dans le second). Chapleau et Mercier espèrent leur rabattre le caquet par cette coalition mais le projet secret s’évente rapidement et n’aboutit pas.

L'affaire Louis Riel

En 1881, des élections ont lieu et Mercier est réélu sans opposition. Il décide quand même de quitter Saint-Hyacinthe pour s’installer à Montréal où il vise une meilleure clientèle. Il demeure toutefois député du comté. En 1883, Joly de Lotbinière quitte la tête du parti libéral et il désigne lui-même son successeur : Honoré Mercier. Notre député devient dès lors chef de l’opposition. Cette même année, il renoue avec le journalisme en fondant le quotidien Le Temps, un journal résolument libéral. Puis en 1885, survient l’affaire Louis Riel. Le chef des Métis du Manitoba est pendu à l’instigation des conservateurs fédéraux de John A. MacDonald. Cette exécution est décriée unanimement au Québec et dans son célèbre discours prononcé au Champ-de-Mars à Montréal, Mercier accuse les conservateurs québécois, dont l’ancien chef Chapleau siège désormais à Ottawa, d’avoir contribué à cette infamie. Son discours qui débute par les mots «Riel, notre frère, est mort» frappera les esprits pour de nombreuses années. Mercier profite de la situation pour rallier à sa cause certains conservateurs en désaccord avec la pendaison de Louis Riel. En 1887, Mercier devient premier-ministre du Québec. C’est la seule fois qu’un député du comté de Saint-Hyacinthe accèdera à ce poste.

De retour au pouvoir!

Dès son accession au pouvoir, Mercier organise la première conférence interprovinciale de l’histoire de la Confédération. Le premier-ministre MacDonald, en désaccord avec l’initiative n’y participe pas. Mercier, avec l’appui du premier-ministre de l’Ontario, Oliver Mowat, milite en faveur d’une plus grande autonomie des provinces et condamne l’aspect hautement centralisateur du parlement fédéral.

À l’intérieur de la province, l’un des principaux problèmes auquel fait face son gouvernement, c’est l’exode des Canadiens français vers les États-Unis. Pour contrer ce phénomène, Mercier crée en 1888 le ministère de la colonisation. Le curé Antoine Labelle, pourtant conservateur, accepte de devenir sous-ministre du nouveau ministère. Mercier, en contrepartie, investit dans le développement des chemins de fer et dans l’agriculture. Socialement, le gouvernement Mercier se situe à gauche de l’échiquier politique. Il fait voter des lois pour fortifier le respect du nombre d’heures de travail ; il améliore les conditions de travail des femmes et des enfants dans les manufactures ; il investit dans l’éducation publique ; il met sur pied l’ouverture de bibliothèques publiques.

En 1890, il déclenche des élections. Cette fois, il ne se présente pas à Saint-Hyacinthe mais plutôt dans Bonaventure, où il est facilement élu. C’est un confrère avocat, Odilon Desmarais, qui sera élu député libéral dans notre comté.

Les dernières années

La fin de carrière de Mercier est plutôt pénible. En août 1891, éclate le scandale de la Baie des Chaleurs. Le grand organisateur du parti libéral, Ernest Pacaud, est accusé d’avoir détourné des fonds devant servir au développement d’un projet de chemin de fer. Les conservateurs, convaincus que Mercier devait être au courant de la malversation, demandent une enquête. Le lieutenant-gouverneur Auguste-Réal Angers, démet le premier-ministre de ses fonctions et demande aux conservateurs, pourtant fortement minoritaires, de former le gouvernement. Des élections ont lieu en mars 1892 et les libéraux de Mercier sont battus à plate couture. Mercier demeurera très amer à la suite de cette défaite, d’autant plus que le rapport de la commission d’enquête sur le scandale l’exonère de tout blâme. C’est ruiné financièrement et presqu’aveugle à cause du diabète qu’il meurt à Montréal le 30 octobre 1894. S’il n’est plus chef des libéraux, Félix-Gabriel Marchand l’ayant remplacé, il demeure député de Bonaventure jusqu’à son décès.

Visionnez la seconde capsule concernant le député Honoré Mercier, animée par l'archiviste Anne-Sophie Robert.

À suivre le 1ier décembre prochain.

Photo:
Honoré Mercier, Collection du Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH001.

Le Centre d'histoire remercie Madame Chantal Soucy, députée de Saint-Hyacinthe à l'Assemblée nationale, pour sa participation à ce projet.

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