Ernest-J. Chartier (1)
1944-1954

Ernest Chartier jeuneEnfance et jeunesse
Ernest Chartier est né le 24 février 1892 à Saint-Damase. Il est le fils d’Hector Chartier, cultivateur et de Marie-Louise Daigle. À l’été de 1903, Hector prend la décision de vendre la terre familiale et de s’installer à Saint-Hyacinthe avec sa famille. Ernest a alors 11 ans. Son père décide qu’il étudiera au Collège Sacré-Cœur, dont la construction vient à peine d’être achevée. Le nouveau collège préparait davantage les élèves à une carrière dans le commerce et l’industrie qu’à une profession libérale, comme par exemple, le faisait le Séminaire. Parallèlement à ses études, le jeune Ernest s’implique dans divers clubs sociaux, dans le but de se faire des connaissances et de tisser ainsi un réseau qui lui servira lorsqu’il sera en affaires. C’est ainsi qu’il sera, entre autres, l’un des directeurs du club de raquetteurs, L’Infatigable. Après ses études, il travaille un court instant comme comptable dans une compagnie de transport à Montréal. Il revient toutefois à Saint-Hyacinthe dès 1913 pour travailler à la maison Amyot et Cie, une manufacture de vêtements. Le directeur, Aimé Amyot, d’allégeance conservatrice sera très important dans la vie d’Ernest, qui le considère comme son mentor.

Vie personnelle et professionnelle
En 1914, Ernest-J. convainc son père de se porter acquéreur d’un commerce de bois et charbon. Il continue de travailler pour Aimé Amyot, tout en donnant un fier coup de main à son père dans la nouvelle entreprise familiale. Le 20 juillet de la même année, il épouse à Montréal Marie-Anne Duhamel qu’il avait rencontré lors de son bref passage dans la métropole, l’année précédente. Le couple s’installe à Saint-Hyacinthe sur la rue Bourdages. Le frère de Marie-Anne, Thomas Duhamel, sera un partenaire d’affaires de son beau-frère. En effet, c’est lui qui dirigera la succursale de la compagnie H. Chartier & Fils à Québec. Cette succursale se concentrera sur la vente du charbon seulement. C’est en 1921 qu’Ernest prend la relève de son père dans la direction de l’entreprise de bois et charbon. Hector meurt le 22 juin 1934.

Le Courrier
Parallèlement à ses activités commerciales, Ernest-J. poursuit son implication dans différentes sphères de la société. C’est ainsi qu’il est président de l’Amicale des anciens élèves du Collège Sacré-Cœur, directeur de l’Association des Marchands-Détaillants, directeur de L’Union Saint-Joseph, entre autres exemples. Le 18 juin 1936, Chartier frappe un grand coup en devenant actionnaire majoritaire du Courrier, journal qui existe depuis 1853. Ce journal, contrairement au Clairon de T.-D. Bouchard qui affiche clairement ses allégeances libérales, prétend être libre de toute attache politique. Dans les faits, il servira les intérêts des Bleus, tant le parti conservateur que l’Union Nationale de Maurice Duplessis à partir de 1936. Chose certaine, Le Courrier est résolument clérical et sert d’instrument à l’Évêché qui se porte acquéreur d’une partie de ses actions dans les années 1920. C’est Mgr Philippe Desranleau qui dirige un temps les destinées du journal. C’est d’ailleurs lui qui joue un rôle important dans l’embauche d’Harry Bernard, qui sera directeur du Courrier de 1923 à 1970. Desranleau, Bernard et Chartier ont un point en commun : ils nourrissent tous une antipathie envers T.-D. Bouchard, le député-maire de Saint-Hyacinthe. Le Courrier est pour eux une façon d’en découdre avec Bouchard. Accusée d’ingérence lors des élections de 1935, l’Évêché demande à Mgr Desranleau de vendre ses actions à Ernest-J. qui devient dès lors propriétaire du Courrier. Cela montre toute la confiance que l’Évêché place en Chartier pour reprendre le flambeau de la lutte contre les libéraux et T.-D. Bouchard.

Débuts en politique
En 1935, Maurice Duplessis, le chef du Parti conservateur et Paul Gouin, le chef de l’Action Libérale Nationale (ALN), parti formé de libéraux mécontents de l’administration Taschereau, s’entendent pour qu’on ne retrouve qu’une candidature de chaque formation par circonscription, par peur de diviser le vote anti-libéral. À Saint-Hyacinthe, Octave Auclair sera le candidat de l’ALN. Chartier sera l’un de ses organisateurs politiques. Auclair perd l’élection contre Bouchard, que Duplessis lui-même a surnommé le tyran de Saint-Hyacinthe.

En 1936, Ernest-J. se présente comme conseiller aux élections municipales dans le quartier no2, poste qu’il ne remporte pas mais par une très faible marge. Lors des élections provinciales, rendues nécessaires par la démission du gouvernement Taschereau, Chartier espère se présenter pour l’Union Nationale, le nouveau parti de Duplessis. Ce dernier lui préfère un autre candidat, ce qui n’affaiblit en rien la loyauté de Chartier envers son chef. C’est à cette époque que l’Union St-Joseph mandate Chartier et le notaire Louis-Édouard Morier afin de lui proposer des solutions d’avenir. Ernest-J. et Morier suggèrent à l’Union de se convertir en compagnie mutuelle, c’est-à-dire en véritable compagnie d’assurance-vie. L’union Saint-Joseph devient ainsi, grâce à Chartier la première société de secours mutuel à se transformer en compagnie mutuelle, ce qui deviendra peu à peu la norme.

L'incendie du Collège Sacré-Coeur
Dans la nuit du 17 au 18 janvier 1938, le Collège Sacré-Cœur est détruit par les flammes. Cinq frères et 41 enfants perdront la vie dans le brasier. Il s’agit de la pire catastrophe à avoir frappé Saint-Hyacinthe. Les Chartier seront touchés personnellement par cet événement. Leur fils, Claude, âgé de 11 ans est pensionnaire au Collège et il compte parmi les victimes. Le couple Chartier ne se remettra jamais tout à fait de la tragédie. On dit que les cheveux d’Ernest blanchissent prématurément et que Marie-Anne gardera une tristesse permanente jusqu’à la fin de sa vie.

Visionnez la première d'une série de deux capsules concernant le député Ernest-J. Chartier, animée par l'archiviste Anne-Sophie Robert.

 

Photo:
Ernest-J. Chartier, Collection du Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH085, Fonds B.-J. Hébert.

Le centre d'histoire remercie Madame Chantal Soucy, députée de Saint-Hyacinthe à l'Assemblée nationale, pour sa participation à ce projet.

<< T.-D. Bouchard (partie 3)               E.-J. Chartier (partie 2) >>