Rénover ou reconstruire.... une question de justice!

Les travaux de conversion de l'ancienne épicerie Super C en palais de justice temporaire sont en cours sur la rue Cusson. Comme dans les années 1960, l'édifice actuel sera détruit afin de permettre la construction d'un nouveau palais de justice au coin des rues Sainte-Anne, Dessaulles et de l'Hôtel de ville. À la lumière de ces informations, on peut se demander par quel processus s'est opéré cette transition vers l'établissement d'un nouveau bâtimenet où se pratique le droit.

Dans les archives conservées au Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, il existe plusieurs documents qui viennent imager cet événement majeur pour la région, comme en font foi ces deux photographies. La vue de ces documents iconographique soulève des questions. Est-ce que la démolition de l'ancien palais de justice était le premier choix à l'époque? Outre la démolition et la reconstruction d'un nouvel édifice, existe-t-il d'autres similitudes entre ce qui se passe actuellement et ce qui s'est passé au tournant des années 1960? 

Rénover ou reconstruire?
Vers 1957, le vieux palais de justice, dont la construction remonte au début des années 1860, est en mauvais état et sa rénovation est rendue nécessaire, les fondations doivent notamment être refaites. Le projet semble toutefois plutôt hasardeux, comme le relate le journal Le Clairon maskoutain dans son édition du 5 septembre 1957 : « Magistrats, avocats, fonctionnaires, se plaignent de la lenteur des travaux en cours au Palais de Justice de cette ville. Les ouvriers doivent travailler sur un terrain excessivement meuble, et à tout moment, l'édifice risque de s'écraser. Les sentences de la Cour doivent se donner dans une atmosphère poussiéreuse qui ne sied ni à la dignité de l'endroit, ni à la santé de ceux qui y vivent. Plusieurs sont dans la terrible attente d'une catastrophe prochaine... ».

En novembre de la même année, le député de Saint-Hyacinthe, M. René Saint-Pierre, qui représente l'opposition libérale à l'Assemblée nationale du Québec,  suggère au ministre unionniste des Travaux publics de surveiller les travaux de réparations. Selon Saint-Pierre, il serait préférable de le remplacer par un nouvel édifice qui abriterait en même temps tous les services gouvernementaux. Les choses en reste toutefois là.

Un palais de justice temporaire
Étant donné la lourdeur des travaux qui s'enchainent au palais de justice, les autorités décident de le déménager dans des locaux temporaires, soit dans l'ancien édifice des compagnies d'assurance du groupe Générale de Commerce, elles-mêmes récemment déménagées dans un nouvel immeuble de la rue Girouard. Au début des années 1960, le changement de gouvernement s'accompagne d'un changement de cap quant aux travaux de rénovation de l'ancien palais de justice. Le journal Le Clairon maskoutain titre à la une de son édition du 24 novembre 1960 : « Le vieux palais de justice tombera sous le pic des démolisseurs. "Nous avons décidé de mettre fin au gaspillage des deniers publics," déclare l'hon. René Lévesque ».

En 1962, les démarches entourant les travaux de construction du nouveau palais de justice débutent. Il faut toutefois attendre au 14 février 1966 pour que soit officiellement inaguré le nouvel édifice.

Vincent Bernard, archiviste-historien
Avril 2021

Photographies
Collection du Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe :
1- Démolition du palais de justice en 1961, CH548 Raymond Bélanger, photographe.
2- Travaux de construction du nouveau palais de justice en 1963, CH548 Raymond Bélanger, photographe