Vestiges de la Penmans

Lors d’une séance du Conseil de la Ville de Saint-Hyacinthe, tenue le 1er février 2021, il est résolu de retenir les services de la firme Ethnoscop inc. pour la réalisation d’un inventaire archéologique sur les lieux où sera aménagé la future bibliothèque municipale, à l’angle des rues Bourdages et Girouard. L'inventaire fait suite à une première étape liée à l'étude de potentiel préhistorique et historique du lieu.

À la lumière de l'inventaire archéologique, aucune trace préhistorique n'a été répertoriée pour le moment. Comme on peut voir sur la première photographie, la firme a cependant trouvé une partie de fondation d’une ancienne bâtisse. En se fiant aux plans d’assurance du début du siècle, on remarque qu’à cet endroit il y avait l’usine de tricot de la compagnie Penmans, soit la bâtisse No 1 « Knitting Factory ».

La compagnie Penmans trouve ses origines dans la petite municipalité de Paris, en Ontario. En 1868, Jonh Penmans fonde une première manufacture au confluent des rivières Nith et Grand. Au fil des années, la compagnie prend de l’expansion et, en 1903, elle fait l’acquisition de l’usine Canadian Woollen Mills de Saint-Hyacinthe sise sur le site du premier centre industriel de Saint-Hyacinthe. Selon l’historien Christian Dessureault, c’est en 1772 que le seigneur Hyacinthe-Simon Delorme y bâtit le moulin de la Cascade, qui vient remplacer le premier moulin à farine établit au Rapide Plat plus en aval. Au moment décrire ces lignes, la firme Ethnoscop a pu aussi constatée, lors de son inventaire archéologique, la présence de vestiges de bâtisses antérieures à la présence de la Penmans, sans toutefois être capable de les identifier. Une analyse plus poussée sera nécessaire.


C'est durant la première moitié du XXe siècle que la demande envers les produits de la Penmans est grandissante. À Saint-Hyacinthe, les employés œuvrent à la fabrication de chaussons de laine, de sous-vêtements, de « T-shirts » et de chandails à col roulé. C’est plusieurs centaines de personnes qui sont engagées par la compagnie, ce qui entraine un grand roulement de personnel. Occasionnellement dans les journaux locaux, on aperçoit une annonce comme celle-ci de l’édition du Courrier de Saint-Hyacinthe du 2 juillet 1910 : « On demande plusieurs filles pour travailler sur machines à tricoter, à chaîner, ou à coudre. Bons gages ».

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le marché nord-américain ouvre ses portes aux importations des pays d’Asie. Au cours des années 1950, les usines textiles de la région maskoutaine ne fonctionnent plus à pleine capacité. À la Penmans, cette réalité engendre deux conflits syndicaux majeurs : en 1955, avec quelque six cents employés qui débraient spontanément pendant dix-neuf semaines; et en 1974, pendant presque une année complète. L’entreprise cesse finalement ses activités en 1982. L'année suivante, M. Jacques Fiset a la chance d'aller visiter l'intérieur des différentes bâtisses de la Penmans avant leur démolition. Sur cette photographie, on peut voir l'intérieur de l'ancienne salle de tricotage de bas. Cette salle se retrouve dans la bâtisse dont les fouilles archéologiques ont mis en lumière une partie des fondations.

Il va être intéressant de voir si, au cours des travaux entourant la construction de la future bibliothèque municipale, de nouvelles découvertes archéologiques referont surface et nous permettront de mieux documenter la présence des bâtisseurs maskoutains ou peut-être même de leurs prédécesseurs membres des Premières Nations.

Vincent Bernard, historien-archiviste
Avril 2021

Photographies
1- Inventaire archéologique effectué par la firme Ethnoscop sur le site de la future bibliothèque de Saint-Hyacinthe, CH225 François Larivière, photographe.
2- Plan d'assurances de Saint-Hyacinthe montrant quelques-unes des bâtisses de la compagnie Penmans au coin des rues Girouard et Bourdages en 1916 - révisé en 1922, CH478 Histoire de Saint-Hyacinthe.
3- Photographie de la Penmans vue de l'autre côté de la rivière Yamaska vers 1907, CH085 Studio B.J. Hébert, photographe.
4- Ouvrières au travail à la Penmans au début du XXe siècle, CH478 Histoire de Saint-Hyacinthe.
5- Visite de l'ancienne salle de tricotage de bas avant sa démolition en 1983, CH366 Jacques Fiset.