Les Maskoutains aux Jeux olympiques (1)

Depuis quelques jours, on célèbre sur toutes les tribunes le 40e anniversaire des Jeux olympiques de Montréal. Ces rappels historiques feront bientôt place aux Jeux olympiques de Rio. Pour le Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, le moment est donc propice pour vous présenter une série d'articles à propos des Maskoutains qui ont pris part aux Jeux olympiques d'été ou d'hiver. 

Aujourd'hui, Gérard Théberge, premier médaillé olympique maskoutain. En 1956, lors des septième Jeux olympiques d’hiver, Gérard « Gerry » Théberge, un Maskoutain d’origine, fait partie de l’équipe canadienne de hockey. Petite histoire d’une première médaille olympique remportée par un Maskoutain.

Gérard Théberge est né le 18 décembre 1930 à Saint-Hyacinthe. Il est le fils d’Aurore Laforme et de Wilbrod Théberge qui exerce le métier de briqueleur. Adepte de tous les sports en vogue à l’époque, Gérard fréquente le Patro où se déroulent les activités d’une ligue de hockey au cours des années 1940. À l’automne 1946, il joue pour l’équipe Régiment de la Ligue Maskoutaine. Par le biais des journaux, les dirigeants de cette équipe font connaître leur désir d’affronter des formations de calibre intermédiaire de Drummondville, Granby et St-Jean. Friands de hockey, les Maskoutains encouragent alors les « Saints », de la Ligue Provinciale, mais ils se déplacent également à l’aréna pour assister aux trois ou quatre défis opposant le Régiment aux équipes de ces villes voisines.

Bien que nous devions faire le deuil des statistiques des joueurs maskoutains de cette époque, il semble que Théberge possède de bons atouts. Tant et si bien qu’à l’automne 1947, il quitte Saint-Hyacinthe pour joindre les rangs des Tigres de Victoriaville. Au cours de la saison 1947-1948, il sera coéquipier du grand Jean Béliveau et du cerbère Denis Brodeur, père du célèbre Martin. Au terme d’une saison qui lui procure un gros 10 $ par semaine, il aura joué 46 parties, déjouant les gardiens à 8 reprises et obtenant un total de 17 points. 

Après un séjour avec les Citadelles de Québec, Théberge continue son parcours avec les Biltmores de Guelph, les Marquis de Jonquière et les Red Rocks de Matane. Lors de la saison 1953-1954, il enfilera le chandail des Dutchmen de Kitchener-Waterloo. Au cours de son séjour de sept ans avec cette équipe, il atteindra son apogée en 1956-1957, marquant 40 buts et obtenant 28 passes. Mais quelques mois avant de connaître cette saison exceptionnelle, il prendra part aux Jeux olympiques de Cortina d’Ampezzo.

Le Canada aux Jeux de Cortina d’Ampazzo 

En 1956, le Canada n’envoie pas encore une formation « toutes étoiles » aux Jeux olympiques. À cette époque où les amateurs tiennent encore le haut du pavé aux Jeux olympiques, les professionnels de la Ligue nationale sont écartés. Ainsi, lors des Jeux de 1956, les Dutchmen de Kitchener-Waterloo représentent le Canada puisque l’année précédente ils avaient remporté la coupe Allan, symbole de la suprématie du hockey senior canadien. 

Sur la planète hockey, le Canada est alors considéré comme la puissance mondiale. Si on fait exception de 1936, les joueurs canadiens sont toujours revenus au pays avec une médaille d’or au cou. En 1956, les attentes envers le Canada sont grandes, malgré la présence de l’Union Soviétique qui détient le titre de champion du monde de 1955 et qui prendra part au tournoi olympique pour la première fois. 

Le 25 janvier 1956, la veille de l’ouverture des Jeux, Le Clairon titre « Un ancien porte-couleurs de Léo Trudel avec l’équipe Olympique ». Le rédacteur sportif décrit le futur olympien : « Théberge, un produit local, […] mesure cinq pieds et neuf pouces et pèse 160 livres. Ses débuts prometteurs remontent au temps du Juvénile dirigé par Léo Trudel… » Théberge n’est pas le seul Canadien français puisque Denis Brodeur est un des deux gardiens de but de l’équipe.

Le lendemain de cet article, le « produit local » s’illustre contre l’Allemagne rapporte le journaliste de La Patrie : « Théberge, deux fois membre de l’équipe d’étoiles de la ligue de l’Ontario Hockey Association en trois ans dans un uniforme des Dutchmen, a compté les deux seuls buts de la première période et en a ajouté un autre au début de la deuxième. » Cette victoire de 4-0 est suivie par une dégelée de 23-0 contre les Autrichiens. Gerry Théberge se signale encore avec un deuxième tour du chapeau en deux jours! Une troisième victoire contre l’Italie amène le Canada dans la ronde finale des médailles.

Au grand dam du public canadien, les Dutchmen s’inclinent 4 à 1 devant les États-Unis. Malgré cette défaite crève-coeur, le Canada peut encore accéder à la finale s’il parvient à vaincre l’Union Soviétique. Les deux pays s’affrontent pour la troisième fois, se partageant une victoire et une défaite lors des championnats du monde de 1954 et 1955. Malgré de grands efforts, les Canadiens baissent pavillon par le compte de 2 à 0. Les rapides joueurs soviétiques remportent la médaille d’or et les Canadiens reviennent au pays avec une médaille de bronze dénuée d’éclat.

Pourtant, Gérald Théberge, auteur de neuf buts et deux passes, devient le premier Maskoutain à remporter une médaille olympique. Il poursuivra sa carrière avec les Athletics de Woostock de la ligue senior de l’Ontario et, au terme de la saison 1963-1964, il accrochera ses patins. Par la suite, il travaillera dans le domaine de la construction. Il décèdera le 1er mai 2000 à Waterloo.

Photo: Gérard Théberge dans l'uniforme des Tigres de Victoriaville. Collection André Théberge.

Cet article de Paul Foisy, fut publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 11 février 2010.

Cet article est le deuxième d'une série de quatre.

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