Les écoles de formation du personnel hospitalier

Par Sœur Suzanne Gauthier, s,c,s,h.

Pendant que les Sœurs Grises assuraient un enseignement judicieux aux enfants accueillis dans leurs diverses maisons, elles se spécialisaient dans la formation du personnel hospitalier

« L’art de guérir est ancien comme le monde ». L’histoire nous prouve que les peuples les plus primitifs découvrirent quelque chose de l’art médical et de la science qui lui est propre.

Parmi les documents les plus intéressants à cet égard, citons les papyrus retrouvés dans les sables de l’Égypte renfermant une pharmacopée considérable répondant aux besoins de toutes sortes de maladies.

Les VEDAS, livres sacrés des Hindous, écrits 1 600 ans avant Jésus-Christ, témoignent que les malades étaient dès lors l’objet de la sollicitude des sages. En feuilletant l’histoire des peuples anciens, on voit qu’ils se sont signalés dans diverses branches de l’art médical. Le grand Hippocrate, savant grec, père de la médecine scientifique (500 ans avant J.-C.) sera le premier à enseigner la nécessité de l’observation des symptômes avant d’établir un traitement quelconque.

Quant au soin des malades par la femme, il aura commencé auprès du premier berceau. Cependant, avant l’ère chrétienne, le soin des malades est  considéré comme  avilissant et est ordinairement accompli par les esclaves.

Le Christ, par ses exemples et ses enseignements, a inspiré la charité pure et le don de soi qu’exige le soin des malades. Ce sont d’abord les diaconesses, femmes charitables qui, au temps de la primitive Église, sont les administratrices des œuvres caritatives. Ensuite, les matrones romaines, devenues chrétiennes, convertissent leurs palais en maisons hospitalières et soignent elles-mêmes les malades.

En Amérique, dès le début, on constate le même intérêt à l’égard des pauvres souffrants. Les religieuses Augustines inaugurent à Québec leur action charitable, le 1er août 1639.

Puis Jeanne Mance, première infirmière laïque du Canada, fonde l’Hôtel-Dieu de Montréal. Dieu suscite, plus tard, sainte Marguerite d'Youville, cette nouvelle amante des pauvres et des malades. C’est à la fin du XIXe siècle que le soin des malades sera considéré comme une science et un art exigeant une préparation soignée.

Au Québec, le Montreal General Hospital a organisé le premier cours professionnel pour infirmières, en 1890. Chez les francophones, en 1899, les premières laïques sont admises comme étudiantes à l’Hôpital Notre-Dame de Montréal.

Vue d'une salle de cours à l'Hôpital Saint-Charles, en 1951À Saint-Hyacinthe
À Saint-Hyacinthe, dès 1901, sœur Sainte-Rose-de-Lima (Davignon) organisait l’enseignement du soin des malades aux religieuses. Les médecins se constituent les premiers professeurs.

Les cours se donnent sous forme de conférences que les sœurs écrivent à la main et qu’elles copient au duplicateur pour en tirer de multiples exemplaires.

La transcription reliée de ces conférences complète les leçons contenues dans les premiers manuels d’infirmières des Sœurs Grises de Saint-Hyacinthe. Les sœurs s’entraînent à la pratique auprès des malades de l’Hôpital Saint-Charles. Le cours dure de deux à trois ans, selon le temps consacré à l’étude. Il se termine par des examens et est couronné par un diplôme décerné par l’Institution.

En 1925, le cours est offert aux laïques. Le 29 juin 1929 amène la graduation des premières infirmières laïques.

L’École était reconnue par l’Association des Garde-Malades enregistrées du Québec depuis 1928 et sera affiliée à l’Université de Montréal en 1934. Le cours continue à l’Hôpital Saint-Charles jusqu’au moment de la grande réforme scolaire. Le transfert au CEGEP s’effectue en 1968 et l’École de l’Hôpital ferme ses portes en 1970, après avoir formé 817 infirmiers et infirmières.

D’autres écoles
Cinq autres écoles d’infirmières seront fondées dans les hôpitaux des Sœurs Grises de Saint-Hyacinthe. En 1908, c’est celle de l’Hôpital Sainte-Marie de Lewiston, Me, qui commence à dispenser ses cours, lesquels se poursuivront jusqu’en 1988. Un total de
1372 infirmières y auront reçu leur formation.

En 1911, l’Hôpital Notre-Dame-de-Lourdes ouvre une école à Manchester, N.H. Elle fermera en 1965 ayant formé 631 infirmières. En 1913, une école est fondée à l’Hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Sherbrooke. Elle est transférée au CEGEP en 1968 après avoir formé 1216 infirmières.

En 1927, nous avons l’ouverture de l’école de l’Hôpital Saint-Louis de Berlin, N.H., qui ferme en 1971, ayant formé 327 infirmières. À l’Hôpital Saint-Antoine de Le Pas, l’école ouvrira en 1930 pour fermer en 1956 ayant distribué l’enseignement à 63 élèves.

Les Sœurs Grises de Saint- Hyacinthe ont aussi fondé deux écoles de techniciens médicaux. L’une à Saint-Vincent-de-Paul en 1937, transférée au CEGEP de Sherbrooke en 1968, l’autre à l’Hôpital Sainte-Marie en 1965, transférée plus tard au Bates College de Lewiston.

Elles ont institué deux écoles de techniciens en radiologie, l’une à Saint-Vincent-de-Paul en 1942, transférée au CEGEP en 1968; l’autre à l’Hôpital Sainte-Marie de Lewiston en 1950, transférée, au Bates College, tout comme l’école des techniciens médicaux.

En 1945, Sœur Annette Normandin fondait l’école de Puériculture de l’Hôpital Saint-Charles. Reconnue par l’Association provinciale, cette école subsistera jusqu’à la fin des années 1960.

À l’Hôpital Saint-Vincent-de-Paul, Sœurs Flora Tétreault et Stella Déziel formèrent elles aussi des puéricultrices. En 1952, Sœur Blanche Picard fondait officiellement l’école des garde-malades auxiliaires de l’Hôpital Saint-Joseph de Granby, la deuxième du genre au Québec. En 1954, le cours était reconnu par l’Association des Hôpitaux du Québec. Le cours fut intégré à l’école secondaire de la ville lors de la réforme scolaire. La fondatrice aura formé 350 étudiants.

En 1958, Sœur Gabrielle Tanguay fonde, à l ’ Hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Sherbrooke, la première école d’archivistes médicales de langue française au Canada. Transférée au CEGEP d’Ahuntsic en 1968, l’école a fourni 112  diplômées.

Ces diverses écoles ont débuté bien modestement mais ont contribué à la formation d’un personnel mieux qualifié pour le service des malades. Elles ont servi de base aux cours contemporains.

Une mante d'infirmière150 ans d’histoire
Cent cinquante ans d’histoire ont été écrites par de nombreuses générations de Sœurs Grises de Saint-Hyacinthe. Ces pages sont remplies de faits émouvants témoignant du courage, de l’audace et même de l’héroïcité de ces religieuses. Partout où elles ont œuvré, elles ont accompagné et aidé leurs contemporains dans leurs luttes contre la maladie, la misère, la pauvreté et dans leurs efforts de relèvement après les multiples catastrophes: incendies, inondations et épidémies.

Ces sœurs ont suivi l’évolution de la société modifiant au besoin leur action secourable. Aujourd’hui, la charité passe par la justice sociale. Pourtant, malgré tous les efforts des pouvoirs publics, l’écart ne cesse de s’accroître entre les pauvres et les riches. La mission des Sœurs Grises demeure donc toujours actuelle et nécessaire. Leur action, quoique moins apparente actuellement, témoigne encore de leur courage, de leur simplicité et de leur amour surnaturel du pauvre. Intégrées dans des projets communautaires ou engagées personnellement, nous trouvons les Sœurs Grises auprès des malades, des personnes âgées, au secours des affamés, des déprimés anonymes, des mères nécessiteuses et à l’œuvre dans les pays en voie de développement.
Les demandes sont multiples et, pour elles aussi, la relève tarde à venir. Alors, comment assurer la conservation de leur précieux patrimoine et leur service auprès de leurs frères humains dans le besoin? Cet objectif est atteint par le regroupement de personnes qu’elles forment à leur spiritualité pour les accueillir ensuite comme associé(e)s qui s’engagent à leur tour à vivre le charisme transmis par sainte Marguerite d’Youville.

Ce texte fut publié en deux parties dans la chronique « Histoire d’ici » dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 24 avril et 1er mai 1991.

Photos :
Salle de cours de l’Hôpital Saint-Charles avec Simone Messier, en 1951. Collection SCSH.

Une mante d’infirmière donnée lors du cours d’infirmière de l’Hôpital Saint-Charles entre 1959 et 1962. Cette manté est conservée au Centre d’histoire. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH2016-03-17.