Les débuts du syndicalisme
à Saint-Hyacinthe

Nous avons retrouvé, dans un de nos nombreux fonds d'archives, ce texte dont l'auteur demeure inconnu. Il question de travailleurs et de travailleuses qui cherchent à se regrouper afin de former des syndicats. Nous vous le présentons à titre indicatif, sans avoir vérifié les faits et les dates. Cela donne au moins des pistes de recherche et un regard original sur le monde du travail dans la première partie du XXe siècle à Saint-Hyacinthe.

Les débuts du syndicalisme à Saint-Hyacinthe.

C’est le 6 mai 1919 que prit naissance, à Saint-Hyacinthe, le mouvement syndical catholique. Les employés de la maison Casavant et Frère se groupent sous le nom de l’Union Nationale Catholique des Menuisiers. Cette union compte, au début 61 membres. La maison Casavant accorde peu après, un contrat d’atelier fermé.

La même année furent aussi fondés des syndicats groupant les mécaniciens, les ferblantiers et plombiers, les boulangers, les peintres. Ces derniers syndicats, cependant, ne vécurent pas.

En 1926, se sont les imprimeurs qui se groupent, suivis l’année suivante par les employés du vêtement, section de l’Empire Clothing.

Le Conseil Central des Syndicats National Catholiques de Saint-Hyacinthe est fondé en 1927. Cette même année, les travailleurs des métiers de la construction qui, jusqu’à cette date étaient membres de l’Union des Menuisiers, se séparent de cette union et fondent leur propre syndicat. Au début ce syndicat est mixte, composé de patrons et d’ouvriers. en 1929, il devient un syndicat formé uniquement d’ouvriers.

Au début de 1935, les barbiers, coiffeurs et coiffeuses, patrons et employés, se groupent. Un syndicat est formé pour les patrons et artisans, un autre pour les employés.

ouvriers et ouvrieres d'une usine de chaussures non-identifiéeAu mois de mai 1936, les ouvriers de la Consolidated Silk Mills demandent au Conseil Central de les former en syndicat. Encouragés par cet exemple, quelques employés de Penmans limited, commencent à parler d’organiser un syndicat. Peu de temps après ce syndicat est formé sous le nom de Syndicat National du Tricot Inc. Ce sera le syndicat comptant le plus de membres.Puis ce sont les tanneurs et corroyeurs de Duclos et Payan; les employés de Needlecraft et autres, à se regrouper en syndicat, dont certains ne durèrent pas.

De 1936 à 1942, le nombre de syndiqués se maintient, mais ne connait pas de hausse appréciable. Quelques syndicats disparaissent mais d’autres voient leurs effectifs augmenter.

En 1942 est fondé le Secrétariat du Travail Inc. On y engage un propagandiste. C’est la première fois que le mouvement syndical aura à sa disposition une personne complètement libérée de toute autre attache. De concert avec le Conseil Central, une vaste campagne de promotion est déclenchée.

Durant les quelques années qui suivent, des syndicats sont formés dans la chaussure, le vêtement (section Yamaska), les tanneurs et corroyeurs revivent, les employés de magasins, les employés des institutions religieuses, les employés de Goodyear, Gotham, Caouette, St-Germain, J.M.S., Volcano, Duplex, Consolidated Silk.

Il existe en 1946, dans Saint-Hyacinthe, des conventions collectives avec extension juridique signées à Saint-Hyacinthe, par les patrons et employés de Saint-Hyacinthe: Barbiers et coiffeurs; Construction; Commerces de Détail; Institutions Religieuses; Employés liés par une convention collective avec extension juridique soit provinciale ou régionale; Chaussure; Tanneurs et Corroyeurs; Imprimeurs; Vêtements fins pour hommes; Conventions collectives particulières signées par les syndicats locaux; Penmans Limited; Goodyear Cotton; J.A. & M. Côté; Duclos et Payan; Casavant Frères; J. M. S.; St-Germain; Rita Shoe;

Entreprises et employés qui sont en négociations à cette époque: Yamaska; Caouette; Gotham; Duplex; Consolidated; Volcano.

Avant les regroupements syndicaux, la condition des ouvriers, dans la plupart des industries étaient lamentables, tant au point devue salaire que des conditions de travail, et aussi dans certains milieux, au point de vue moral.

C’était le temps ou le patron avait la plus complète liberté de stipuler les conditions de salaire et de reconnaître la personne ouvrière;  plutôt comme une machine, bonne à rapporter des bénéfices, que de la considérer dans la dignité de la personne humaine.

Nombre d’employés, dans le textile, comme ailleurs, mariés, recevaient pour une semaine normale de travail de 48 heures ou de 55 heures, un salaire souvent inférieur à 10,00$. C’était le cas des employés de la construction en 1934. Les journaliers recevaient de 15¢ à20¢ l’heure, les hommes de métier, de 20¢ à 25¢ l’heure. On pourrait ici mentionner des exemples par centaines, dans toutes les industries.

Procédons par certains corps de métiers seulement ou encore par certaines catégories d’employés.

Prenons tout d’abord la construction. Lors de la mise en vigueur de la Loi de la convention collective avec extension juridique, les employés de la construction, aidés par le Comité de Propagande du Conseil Central, se lancent au travail. Durant des semaines ils visitent patrons après patrons, afin de les faire consentir à signer une convention collective de travail pour les travailleurs de la construction. On demande alors 45¢ de l’heure pour les hommes de métier et 35¢ pour les journaliers. C’est une augmentation de presque 100%. La convention est signée par un bon nombre de patrons.

La convention est ensuite adressée au Ministère du Travail pour recevoir son approbation. Hélas! la lutte ne fait que commencer. Un certain nombre de patrons, aidés d’un Monsieur… font obstacle. Ces derniers fondent un syndicat neutre d’employés pour arriver à leurs fins. Tout est bon pour eux, illégalités et autres choses se succèdent. Avec l’appui et l’influence de certains particuliers ils réussissent à bouter dehors le syndicat catholique, partie signataire, et le remplacer par l’Union neutre, appelée dans le temps, l’Union fantôme et font accepter leur propre convention avec une diminution de salaire de 10¢ l’heure pour les hommes de métier et de 5¢ l’heure pour les journaliers.

On sera surpris dans certains milieux de constater la différence existant, dans le temps, avec d’autres centres, mais vous avez là la réponse.La première convention partant avec une différence de 10¢ l’heure, cette différence fut toujours difficile à surmonter. Deux ans après la première signature de cette convention, le syndicat réussissait à devenir seule partie ouvrière signataire, et c’est depuis ce temps, que les taux de salaires ont continuellement augmentés.

Deux augmentations successives, ces dernières années (nous sommes en 1946, ne l’oubliez pas!) soit de 5¢ et de 7¢ de l’heure ont placé les ouvriers de la construction de Saint-Hyacinthe dans une position aussi avantageuse que les employés de la construction de centres de même population.

En 1935, les barbiers s’entendent et signent leur convention. Quelles étaient les conditions de travail et de salaire avant cette convention? Des heures interminables de 80 à 90 heures par semaine, un salaire maximum variant de 8,00$ à 12,00$ par semaine pour les barbiers; 5,00$ à 6,00$ pour les coiffeuses. Les patrons barbiers, dans la plupart des cas, se comptaient chanceux de retirer un salaire net de 18,00$ par semaine. Les temps ont changés depuis cette date!

Durant la guerre, à Sorel, des employés barbiers ont fait jusqu’à 50,00$ par semaine; à Saint-Hyacinthe, n’ayant pas d’industries dites essentiellement de guerre, des employés ont fait 36,00$ et plus par semaine. Je pourrais citer ici nombre de cas semblables, tant chez les employés que chez les patrons.

En 1945, les Institutions Religieuses et leurs employés signent une convention collective de travail avec extension juridique, pour tout le diocèse. C’est la première convention du genre au Québec et au pays, et , à ma connaissance, la seule existant dans le monde.

Photo:
Employés et employées d'une manufacture de chaussure non-identifiée au tournant des XIXe et XXe siècles.
Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH478 Collection photographies et illustrations.