Les carnavals d'autrefois (1)

De nos jours, lorsqu’il est question de carnaval, nos yeux se tournent spontanément vers Québec où se déroule le carnaval depuis 1894. Mais Saint-Hyacinthe n’est pas en reste, car depuis fort longtemps, les Maskoutains profitent de l’hiver pour jouer dehors et s’amuser. Par le biais de cette série d’articles, nous regarderons de plus près comment nous nous sommes approprié cette forme de divertissement.

C’est que c’est à Montréal que l’on organise pour la première fois une semaine de festivités hivernales. En effet, dès le 23 janvier 1883, la fête commence dans la métropole. « Les festivités s’échelonnent sur cinq jours et comprennent des promenades en traîneaux, des concours et marches en raquettes, des jeux et mascarades sur patins, de la glissade, des rencontres de curling, et, bien sûr, l’attaque simulée du palais de glace », affirme Sylvie Dufresne dans un article consacré au carnaval d’hiver à Montréal (1). À cette époque, les organisateurs du carnaval poursuivent plusieurs lièvres à la fois, car « les objectifs sont clairement énoncés: il sont à la fois récréatifs, touristiques et économiques », note Sylvie Dufresne.

Les raquetteurs
À Saint-Hyacinthe, c’est d’abord et avant tout les raquetteurs qui se rassemblent à l’extérieur et qui profitent du grand air hivernal. Un premier club de cette nature voit le jour en 1861(2). Il faudra attendre quelques années avant que les raquetteurs invitent des clubs venant de l’extérieur afin d’élaborer un programme d’activités que l’on pourrait comparer au carnaval de Montréal.

Clubs de raquetteurs devant le Grand Hôtel vers 1910En effet, il y fort longtemps, en 1885, les clubs de raquetteurs montréalais « Le Canadien » et « Le trappeur » débarquent à Saint-Hyacinthe au début du mois de février (3). « Les excursionnistes, au nombre d’environ 27 ‘Canadiens’ et 23 ‘Trappeurs’, plus plusieurs dames, furent reçus à leur arrivée par les officiers des deux clubs de Saint-Hyacinthe, au milieu des hourrahs de la foule. Après un brillant feu d’artifice, les visiteurs furent conduits aux divers hôtels où ils passèrent une agréable soirée avec leurs hôtes », note le rédacteur de La Presse, le 9 février 1885.

Le lendemain, les raquetteurs se réunissent et forment une grande procession qui défile à travers les principales rues de la ville. Pour vous dire, La Presse rapporte qu’il y avait 125 voitures et les présidents des divers clubs étaient réunis dans la première « sleigh».  À 15 heures, on présente les courses annuelles organisées par les clubs maskoutains. Les raquetteurs les plus sportifs s’affrontent lors de huit épreuves dont la distance varie entre 100 verges et 2 milles.

Dans la soirée, 125 personnes participent à un grand banquet à l’Hôtel-Dieu. Comme il va de soi, les raquetteurs lèvent leurs verres à plusieurs reprises dont Honoré Mercier, alors député de Saint-Hyacinthe et chef de l’opposition libérale à l’Assemblée législative (4) qui propose « la santé des bonnes religieuses qui avaient bien voulu accorder aux clubs une si gracieuse hospitalité. Cette santé fut bue avec enthousiasme », signale le journaliste de La Presse. Le lendemain du banquet, au petit matin, les excursionnistes embarquent à bord du train qui les ramène à Montréal.

Cette rencontre entre clubs se poursuit à quelques reprises au fil des ans. Cependant, avec la formation de l’Union canadienne des raquetteurs, en 1907 (5), cette forme d’activité prend une ampleur considérable, car l’Union organise des congrès annuels et semi annuels. Ces événements réunissant des centaines de participants prennent l’allure de véritable carnaval.

Un article publié dans le journal La Patrie, le 4 février 1910, mentionne : « Le carnaval annuel des raquetteurs commencera demain après-midi à St-Hyacinthe. Plus de 1500 ‘boys’ de Montréal, de Québec, d’Ottawa, de Hull, de Lévis, de St-Hyacinthe, de partout prendront part à ces grandes fêtes de réjouissances organisées par l’Union Canadienne des Raquetteurs. »

Les activités au programme de ce congrès sont diverses: rassemblements, courses, parade aux flambeaux dans les rues, feu d’artifice, attaque du manège militaire, concert, messe, excursions, banquet, glissade sur la rivière, souque à la corde, course à pied et en raquette à l’intérieur du manège. Voilà le genre d’activités auxquelles étaient conviés les raquetteurs de même que le public maskoutain qui assistait à plusieurs de ces réjouissances extérieures. De quoi oublier les grands froids d’hiver. 

Cet article est le premier d'une série de trois. À suivre...

Photo: 
Sur cette photo réalisée par le Studio B.J. Hébert, plusieurs clubs de raquettes sont réunis devant le Grand Hôtel. Nous croyons qu'il s'agit de la réunion de 1910.

Notes
(1) Sylvie Dufresne. « Fête et société: le carnaval d’hiver à Montréal (1883-1889). In Montréal : activités, habitants, quartiers. Société historique de Montréal, Éditions Fides, 1984, p. 139 - 188.
(2) « Club de raquettes ». Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 13 décembre 1861.
(3) « Le Canadien » et « Le Trappeur » à Saint-Hyacinthe. La Presse, 9 février 1885, p. 4.
(4) Honoré Mercier (père). Site de l’Assemblée nationale, page Honoré Mercier (père) consultée le 3 février 2021.
(5) « Union de raquetteurs ». La Presse, 9 mars 1907, p. 17.

Paul Foisy, février 2021.