La galerie 051

Au milieu des années soixante, le ministère de l'Éducation du Québec, alors à ses premiers balbutiements, instaure les cours d'arts plastiques au programme du niveau secondaire, suite au rapport Parent. Pour la première fois dans l'histoire de l'enseignement au Québec, les étudiants vont disposer de cours d'arts plastiques donnés par des professeurs compétents formés à l'École des Beaux-Arts.

L'abbé Léo Sansoucy, supérieur du Séminaire de Saint-Hyacinthe à cette époque, fait une demande à l'École des Beaux-Arts de Montréal pour engager un professeur d'arts plastiques. L'abbé Sansoucy, reconnu pour son intérêt pour les arts visuels, croit à la méthode active en enseignement, méthode qui s'applique particulièrement bien à l'enseignement des arts plastiques, préconisée dans le rapport Parent.

À la rentrée scolaire de l'année 1965-1966, un nouveau venu dans le personnel enseignant est fin prêt à faire découvrir le monde des arts plastiques aux étudiants du Séminaire : André Robert. Celui-ci vient tout juste de finir ses études à l'École des Beaux-Arts, option peinture, d'où il sort avec le prix du directeur. Étant professeur à temps partiel, l'abbé Sansoucy lui offre la charge de l'animation culturelle au niveau des arts visuels.

Les étudiants et la population maskoutaine sont conviés, à partir de ce moment, à des expositions, parfois d'envergure, qui se tiennent dans le grand hall du Séminaire. Ce sont les prémices de la galerie 051 qui sera créée cinq années plus tard, soit en 1970, lorsque le secteur des arts visuels aura son propre local au sous-sol du Séminaire, le 051, situé du côté de l'établissement scolaire.

Des expositions très importantes sont présentées dans le grand hall durant cinq ans grâce au programme de la Fédération des centres culturels du Québec, dont le Séminaire est membre, et qui permet d'accueillir des expositions de la Galerie nationale du Canada. Les Maskoutains ont donc la chance de voir dans leur ville des œuvres de Borduas, Riopelle, Pellan, de Tonnancour, Bellefleur, Ferron, Fortin, Lemieux, Molinari, Colville et beaucoup d'autres grâce aux expositions « 50 années de peinture moderne »  et « La collection d'œuvres d'art C-I-L.»

Aussi sont présentées les œuvres de jeunes peintres ontariens, d'artistes contemporains tels que Pellan, Hurtubise, Giguère, et des reproductions des fresques des grottes de Lascaux. D'autres expositions d'artistes moins connus mais tout aussi intéressants et talentueux sont montées dans le grand hall, soit les photos de Jean-Paul Morissette, les caricatures de Berthio, Guy Faucher, Jean-Pierre Girerd, André Lemieux et Roger Paré, et les œuvres des professeurs d'arts plastiques de Saint-Hyacinthe et de la région, c'est-à-dire Gérard Breton, Yvon Lajoie, Serge Locas, Claude Meloche, sœur Dolorès et André Robert. Il ne faut pas oublier les expositions consacrées aux travaux d'arts plastiques des étudiants du Séminaire et du cégep Bourgchemin, établi dans les murs du Séminaire.

L'année 1970 est consacrée à la mise sur pied de la Galerie 051. Le grand hall, occupé progressivement par des locaux et des bureaux du cégep Bourchemin et d'autres organismes, n'est plus disponible pour y présenter des expositions. Les plans d'aménagement d'André Robert témoignent de l'intérêt des organisateurs d'avoir à leur disposition une salle adéquate pour y présenter des expositions de qualité. La Galerie 051 est inaugurée au mois de novembre 1971 par une exposition solo des œuvres d'André Robert.

Tout au long de son existence, le 051 accueille divers artistes qui exposent en solo tels que la peintre Pauline Locas (1974), le photographe Michel Arcouette (1975), le peintre naïf Ernest Gendron (1976), Normand Lavergne (1980), André Robert (1971-1977) et plusieurs autres. De plus, certains artistes exposent en groupe, par exemple : Pierre Arpin et Jacques Lefebvre (1972), tous deux photographes, André Gendron, Bernard Deslandes et Serge Decelles (1973), Albert Rousseau, René Gagnon et Claude Carette (1973). Il ne faut pas oublier dans ces expositions collectives celles des artistes régionaux dont André Robert est l'initiateur.

Le but des Expositions des Artistes Régionaux, selon André Robert, est de faire connaître les artistes qui produisent mais qui n'ont pas la chance d'exposer. Ces expositions ont beaucoup de succès auprès du public et aussi des artistes. Comme le dit l'organisateur:  « À chaque année, les mêmes artistes revenaient et d'autres s'ajoutaient. » Beaucoup d'artistes aujourd'hui encore actifs et ayant une certaine réputation ont participé à ces expositions tels que les sculpteurs Claude Millette et Daniel Hamelin, le photographe Pierre Arpin, Robert Pinard, connu pour sa marqueterie, le peintre André Robert, Jean-Claude Robert, peintre et dessinateur, aujourd'hui décédé, la peintre Yvette Lapierre et Owen A. Chicoine.

Beaucoup de talents se découvrent lors de ces expositions. Comme l'explique André Robert : « Les Expositions des Artistes Régionaux se voulaient démocratiques, c'est-à-dire pour tout le monde, autant les artistes amateurs que les artistes professionnels, le but étant de découvrir. »  Il est sûr que certaines Expositions des Artistes Régionaux sont inégales en qualité. Certains articles de journaux de cette époque en témoignent, car on accepte tout le monde ou presque. Cependant, cette expérience permet à certains de rehausser la qualité de leurs œuvres, car le fait d'exposer avec d'autres artistes et de pouvoir échanger entre eux suscite le dépassement dans leur travail.

De plus, les étudiants du Séminaire et les étudiants des cours aux adultes d'André Robert ont la chance d'exposer au 051, comme auparavant dans le grand hall.

Le 051 cesse ses activités au début des années quatre-vingt pour des raisons purement budgétaires : les subventions du ministère de l'Éducation du Québec sont de moins en moins importantes et l'École du Séminaire cesse d'être membre de la Fédération des centres culturels du Québec. Le poste d'animateur socio-culturel est aboli et les professeurs d'arts plastiques voient leurs tâches affectées à plein temps à leur enseignement.

En conclusion, les responsables de la Galerie 051 ont réussi après toutes ces années à atteindre l'objectif premier, c'est-à-dire d'amener dans le milieu maskoutain des expositions permettant de montrer des œuvres à la population de la ville et de la région, mais aussi de fournir aux étudiants du Séminaire un outil donnant accès aux œuvres originales, apportant ainsi un complément à leur cours.

L'initiative de l'abbé Sansoucy et le travail d'André Robert et des animateurs socio-culturels comme André Nolin et Pierre Séguin, entres autres, ont permis d'établir un contact entre les arts visuels et les maskoutains, contact qui n'était pas particulièrement développé auparavant  D'ailleurs, dans les années soixante-dix, on assiste à un intérêt de plus en plus marqué pour la présentation d'expositions montées par différents organismes. On peut donc dire que la Galerie 051 a son importance dans le monde des arts maskoutains et qu'elle fait partie de l'histoire culturelle de Saint-Hyacinthe.

Photos
Le peintre Raymond Létourneau photographié devant une de ses oeuvres exposées à la Galerie 051 en avril 1976. Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe CH548-A/S2/SS1/D2 Raymond Bélanger photographe.

Quelques artistes et une œuvre d'André Robert invitaient la population maskoutaine à la troisième exposition tenue à la galerie 051. Annonce parue dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe, le mercredi 24 avril 1974, page C-1.

Cet article d'Anne-Sophie Robert fut publié en deux parties dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe les 27 octobre et 3 novembre 1999.