L'homme au chapelet

Cet article fut publié à l'origine par l'abbé Fernand Larochelle dans la chronique « Histoire d'ici » du Courrier de Saint-Hyacinthe le 20 octobre 1999.
___

En ce mois d'octobre, dédié à la récitation quotidienne du chapelet, il est opportun de présenter un apôtre de cette dévotion mariale.

Cet homme vivait à Saint-Hyacinthe, au temps du saint monseigneur Moreau. Il s'appelait le bon monsieur Pratte et, vers la fin de sa vie, on disait simplement « le saint monsieur Pratte ».

Image du Chanoine Léon PratteL'homme au chapelet, l'abbé Pratte le fut vraiment. Il est né en 1864, à Saint-Charles-sur-Richelieu, dans un foyer tout consacré à la Vierge Marie. Elle en occupait la première place avec son fils Jésus. Par toutes les saisons, le chapelet se récitait après le souper, même si des visiteurs s'y trouvaient. C'est de l'exemple de ses pieux parents que Léon apprit à aimer la Vierge et à l'honorer par la récitation du chapelet. Les neveux et nièces se rappellent encore comment leur grand-père Pratte les invitait à se mettre à genoux avec lui pour dire le chapelet.

Élève au séminaire de Saint-Hyacinthe, Léon Pratte se distinguait par sa dévotion à la Vierge Marie. Il allait chaque jour la prier à son autel. Il fut un congréganiste modèle et devint préfet de la dite congrégation, durant l'année scolaire 1884-1885. Prêtre, il en sera l'animateur, de 1902 à 1917.

Quiconque rencontrait le bon chanoine Pratte le rencontrait le chapelet à la main, même par les froids d'hiver. Mgr Desranleau, vicaire général du diocèse disait : « Tout était lieu de prières pour cet homme de Dieu. » Même à Montréal, sur la rue Sainte-Catherine ou dans les tramways de ce temps, le grand priant avait le chapelet à la main et l'égrenait discrètement.

Monsieur Pratte faisait l'économie de ses sous afin de pouvoir se procurer des médailles, des images, de pieux feuillets et des chapelets à offrir à qui n'en avait pas.

Quand ce prêtre édifiant allait visiter ses parents au village natal, il ne manquait jamais d'aller célébrer sa messe à l'église de son baptême. Du quatrième rang au village, la route de gravier marquait bien les cinq milles. Après avoir attelé lui-même le cheval à la voiture de son père, l'abbé passait les guides à son cou afin d'avoir les mains libres pour réciter son bréviaire et son chapelet. Ainsi faisait-il aller-retour. Combien de fois cet homme dévot a-t-il ainsi médité les mystères du rosaire ? Jésus et Marie seuls le savent bien !

À la période des vacances, la tradition voulait que le directeur des élèves aille visiter les parents des élèves et les prêtres de leur paroisse. Un jour, monsieur Pratte invita le supérieur à l'accompagner. Le trajet était long, sans être monotone, tant le décor de ces campagnes offrait de variétés à contempler. Le supérieur, Fabien-Zoël Decelles, eût bien aimé échanger, lui, homme de lettres et sensible à la beauté des champs en pleine croissance, mais... son compagnon avait l'âme à la prière. Mgr Decelles raconta, plusieurs années plus tard, comment il avait tenté de déjouer son pieux compagnon. Muni de pastilles de menthe et de bonbons clairs, monsieur  Decelles ne manquait pas d'en offrir à monsieur Pratte. Ou celui-ci refusait aimablement, ou il avalait sans plus le bonbon... Ainsi le bon supérieur dut-il réciter force chapelets pour satisfaire le goût de prière de son marial compagnon.

Dans la vie de ce dévot, les références à la Vierge ne manquent pas. Il aime non seulement la prier mais aussi parler d'elle. Sa prédication est toute de simplicité et d'admiration, de pieuses exhortations à la prier et à l'imiter. La vie eucharistique de Jésus le passionnait, cette vie toute d'humilité, de silence et d'amour. C'est en la compagnie de la Mère de Jésus qu'il veut vivre cette vie comme elle-même l'avait si bien vécue. Il appelle souvent Marie du beau nom de « ma bonne Mère. »

Ce saint prêtre avait pris l'habitude de se fixer un objectif, à chaque mois, afin d'orienter toutes ses prières et actions ; il voulait ainsi cheminer avec plus de sécurité vers une grande sainteté. En octobre 1924, il choisissait de « pratiquer l'humilité de la très Sainte Vierge. » À la fin du mois, il analysait tous ses comportements, face à cet objectif. C'est vers cette Mère toute-puissante qu'il se tourne pour obtenir des vocations nombreuses et saintes ; il lui confie la pureté des jeunes gens dont il a la responsabilité.

Durant sa dernière maladie, son chapelet ne le quitte pas, il le récite avec son neveu et les infirmières. Un jour, il dira : « Je vais m'en aller dans le paradis du bon Dieu avec la Sainte Vierge, la Petite Thérèse et saint Joseph.» Ou disait-il encore : « La Sainte Vierge est bien bonne de me donner un calme parfait pour m'en aller au bon Dieu... Au Ciel, je travaillerai encore avec la Sainte Vierge,... la Petite Thérèse...» Dans la vie de monsieur Pratte, la dévotion au Cœur de Jésus et au Cœur de Marie, sa Mère, occupait toute la place.

Photo:
Le chanoine Léon Pratte.
CH001-S17 Séminaire de Saint-Hyacinthe