En avril, ne te découvre pas d'un fil

Au cours du XXe siècle, lorsque le mois d'avril se pointait le nez, à Saint-Hyacinthe on savait qu'un athlète maskoutain serait peut-être en mesure de s'illustrer sur la scéne internationale. Cet athlète c'est le coureur Gérard Côté. 

En effet, depuis ses débuts en 1897, le marathon de Boston est présenté traditionnellement le troisième lundi d'avril. Dans la mesure du possible et afin de s'acclimater à la température ambiante, Gérard Côté s'installait à Boston quelques semaines avant l'épreuve. En voici un qui n'avait pas peur d'enfiler son uniforme de course en plein mois d'avril. Camisole, culotte courte, espadrilles... en avril, ne te découvre pas d'un fil dit l'adage... À l'époque, il n'y avait qu'un gars qui pouvait se vêtir ainsi en plein mois d'avril, c'était Gérard Côté.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce grand champion maskoutain, je vous propose une petite rétrospective de sa carrière qui, il faut l'avouer, a pris son essor avec sa première victoire au marathon de Boston en 1940.

Gérard Côté, un grand champion maskoutain
Gérard Côté est sans aucun doute le sportif issu de la région maskoutaine ayant connu le plus de succès. Cet athlète, né à Saint-Barnabé Sud le 27 juillet 1913, est doté d’une force de caractère et d’une détermination à toute épreuve. Il pratique la course à pied pendant 25 ans.

En plus de s’adonner à la course à pied, Côté est un adepte de la course en raquettes. S’il est célèbre pour ses quatre victoires au Marathon de Boston, il ne faut pas perdre de vue qu’il court depuis près de dix ans avant de remporter ses premiers succès à Boston en 1940. Pendant ces dix premières années d’efforts et d’entraînement, il participe à des courses à raquettes et à quelques compétitions de patins à roulettes.

À l’aube des années 1930, en pleine crise économique, le jeune Côté commence à participer à des activités sportives. Au départ, il s’adonne à la boxe, un des sports les plus en vogue à l’époque. Il fait de la course à pied pour acquérir une plus grande forme physique. Puis, en juillet 1931, les coureurs du marathon Peter Dawson s’arrêtent à Saint-Hyacinthe pour la première étape de cette grande compétition de 800 kilomètres à relais. « Quand Gérard Côté a vu les grands coureurs passer chez lui, il a eu la piqûre. La course à pied serait désormais son sport de prédilection... », note Phillippe Cantin dans le journal La Presse du 11 octobre 1991.

Le 4 octobre 1931, il dispute sa première course et remporte la victoire : il franchit la distance Sainte-Madeleine-Saint-Hyacinthe en un temps de 1h 13 minutes. À partir de 1935, les rédacteurs des principaux journaux québécois remarquent les performances de l’athlète maskoutain et ils le favorisent pour la victoire. L’année 1935 sera déterminante puisqu’il participe à plusieurs compétitions d’envergure nationale : marathon Chicklets de Montréal, Toronto et Yonkers où il se classe douzième. En avril 1936, il se présente au Marathon de Boston pour la première fois.

En octobre 1937, il remporte sa première victoire d’importance en devenant champion canadien du marathon. Par la suite, certains journaux américains le favorisent pour remporter le marathon de Boston. Il réussira l’exploit en 1940 tout en remportant le Yonkers au mois de novembre. La presse canadienne en fait l’athlète canadien par excellence et il est désormais perçu comme un grand champion.

La Seconde Guerre mondiale vient déjouer ses projets de participer aux Jeux olympiques de 1940 et 1944. Ce n’est qu’en 1948 qu’il aura l’occasion de remporter une médaille olympique. Cette présence aux Jeux de Londres fait de lui le premier Maskoutain à participer aux Olympiques. Son année 1948 est exceptionnelle puisqu’il remporte successivement les marathons de Boston, Los Angeles et Hamilton où le comité olympique canadien l’oblige à courir afin d’assurer sa participation aux Jeux.

Malheureusement, les quatre épreuves se déroulent dans un laps de temps relativement court. Il se présente à Londres dans un état de fatigue qui l’empêche d’obtenir un podium olympique. Cette défaite est sans aucun doute celle qui le marque le plus.

Fait intéressant à noter, en 1956, vingt-cinq ans après avoir participé à sa première course, il termine sa carrière en refaisant la course Sainte-Madeleine/Saint-Hyacinthe. Il réalise alors un temps de 1h 10 minutes franchissant le fil d’arrivée en cinquième position.

En plus de connaître une carrière exceptionnelle en tant qu’amateur, Gérard Côté s’implique dans la communauté maskoutaine en présentant le marathon de Saint-Hyacinthe de 1947 à 1975.

Il participe aux Jeux Olympiques de Londres en 1948 et aux Jeux de l’Empire (Jeux du Commonwealth) en 1950 à Auckland (Nouvelle-Zélande) et à Vancouver en 1954. De plus, il est couronné champion canadien du marathon à quatre reprises.

Un personnage reconnu
Nous retenons de la carrière de Gérard Côté que ses principaux faits d’arme sont ses quatre victoires au Marathon de Boston (1940 – 1943 – 1944 – 1948) et ses trois championnats américains remportés à Yonkers (1940 – 1943 – 1946).

Lorsqu’il revient à Montréal après sa première victoire à Boston en 1940, Gérard Côté reçoit un accueil exceptionnel pour l’époque. Une grande foule l’attend à la gare et le porte en triomphe à son arrivée. Peu après, plus de 25 000 personnes assistent à un défilé dans les rues de Montréal. Ce ne sont pas les Canadiens de Montréal qui défilent, mais bien un homme seul, Gérard Côté qui est désormais considéré comme le successeur du grand Édouard Fabre qui a gagné le marathon de Boston en 1915.

Dès cette première victoire, Gérard Côté s’affiche comme le plus grand athlète québécois de son époque. Quelques mois après sa victoire à Boston, il met la main sur le titre de champion américain en franchissant la ligne d’arrivée du marathon de Yonkers, une banlieue de New York. Quelques semaines après cette deuxième victoire importante, le personnage de Gérard Côté est consacré ! L’organisme Montreal Sportmen’s Association le nomme meilleur athlète pour l’année 1940. Puis, à la fin de l’année, on lui décerne le trophée Lou-Marsh comme meilleur athlète de l’année au Canada.

Après ses deux nominations prestigieuses décernées par des anglophones, la communauté francophone du Québec s’interroge sérieusement : de quelle façon sommes-nous en mesure d’exprimer notre fierté au sujet de ce grand athlète de chez-nous ? En effet, à l’époque, il n’y a ni trophée ni récompense pour souligner les performances du meilleur athlète canadien-français ou au meilleur athlète québécois ! Quelques membres de la communauté sportive canadienne-française répondent à l’appel et mettre rapidement sur pied la remise du trophée Jos Cattarinch pour souligner les exploits de Gérard Côté.

Vous avez bien lu : on a créé un trophée pour reconnaître les exploits de Gérard Côté, car aucun athlète du Québec n’avait atteint ce niveau d’excellence auparavant ! Ainsi, la soirée du 8 février 1941 marque un jalon de l’histoire du Québec, car pour la première fois la communauté sportive du Québec célèbre avec faste un des siens.

Au terme d'un vie bien remplie, il décède le 12 juin 1993, une semaine après l’inauguration de la promenade Gérard-Côté à Saint-Hyacinthe. Sa longue carrière et ses succès exceptionnels font de lui un personnage légendaire.

Photo: 
Gérard Côté photographié en studio vers 1935.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH627 Gérard Côté. 

Paul Foisy, avril 2021