Notre-Dame du Rosaire (2)
Bicentenaire de la paroisse-mère

Par Jules-Antonin Plourde
Article paru dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 14 septembre 1977.

En 1948, la ville de Saint-Hyacinthe érigeait deux monuments commémoratifs en I’honneur du seigneur Jacques-Hyacinthe-Simon Delorme, deuxième seigneur de Maska et fondateur de l’agglomération qui devait bientôt porter son nom: Saint-Hyacinthe. L'un de ces monuments, représentant de pied en cape le seigneur, se trouve en ville, face à l’édifice de CKBS, tandis que I’autre, humble stèle faite de pierres des champs, se dresse à Rapide Plat, à peu de distance de Sainte-Rosalie. Nous avons là les deux points de ralliement de l'histoire maskoutaine. Commencée à Rapide Plat, elle s’est épanouie à La Cascade, à trois lieues de son point d’origine.

 Delorme est à proprement parler le premier seigneur de Maska, puisque de Vaudreuil, premier seigneur, ne vint jamais exploiter sa concession. Celle-ci échut au premier en 1753. Natif de Québec, le seigneur Delorme entreprit de se rendre sur place et d'y développer son fief. Celui-ci couvrait 36 lieues de superficie: soit six lieues le long de la rivière Yamaska, à partir des concessions existantes (c’est-à-dire à partir de 7 lieues de son embouchure) par six lieues de profondeur (3 de chaque côté de la rivière). Après avoir pris femme à Saint-François-du-Lac, en 1756, Delorme arriva à l’été de 1757, au croisement de la Yamaska et d’une petite rivière qu'il nomma rivière Delorme. À cause des rapides plats qui s’y rencontrent, le nom de cette croisée prévalut.

Dès qu'un seigneur, accompagné de quelques colons, avait pris possession d’un nouveau territoire, le missionnaire arrivait sur leurs traces pour les encourager et les fortifier. On peut dire en effet que tout le système de colonisation de la Nouvelle-France reposait sur deux hommes, le prêtre et le seigneur, qui marchaient côte à côte et se prêtaient un mutuel secours. Le censitaire, qui était en même temps le paroissien, avait deux points de ralliement: l’église et le manoir. Toutefois, parler de paroisse dès 1756 est prématuré pour Saint-Hyacinthe. Deux décades passeront avant le commencement d’une paroisse ayant un curé à sa tête. La vie religieuse de la seigneurie Maska n’en est pas moins pour autant bien existante, et c'est de cette vingtaine d’années de vie chrétienne, dont nous parlerons dans cet article.

Nous avons là les racines spirituelles de ce qui deviendra en I777 la paroisse de Saint-Hyacinthe. Comme celle-ci est la toute première de la région, raconter son histoire religieuse, c’est aussi raconter l’histoire religieuse du grand Saint-Hyacinthe et de la région avoisinante. Rappeler ces souvenirs, c’est une manière délicate de célébrer le bicentenaire de la Paroisse-mère de Saint-Hyacinthe. On peut diviser en trois sections l’histoire religieuse de Saint-Hyacinthe: 1) sa desserte par les curés voisins (1758-1768); 2) sa desserte par des missionnaires itinérants (1768-1777); 3) sa desserte par des curés résidents (1777-1977).

Ce sont les curés voisins de Rapide Plat qui furent les premiers desservants de la seigneurie, non qu’ils vinssent y célébrer les sacrements, mais étant les plus proches, c'est chez eux que les premiers habitants de la région allaient accomplir les principaux événements de la vie chrétienne: baptêmes, mariages, enterrements. C’est surtout à la paroisse de Saint-Michel d’Yamaska, la plus commodément accessible par la rivière que les premiers chrétiens de Saint-Hyacinthe se rendirent le plus souvent. En 1758 le seigneur lui-même vient y faire baptiser des jumelles; dans l'acte de baptême, la mission de la rivière Maska est désignée déjà sous le vocable de Saint-Hyacinthe. Mais cela n’était pas suffisant. En 1758, le vicaire général de Québec ordonna au curé de Saint-Michel, le père Maquet, jésuite, de se transporter de temps à autre aux Rapides Plats et d’y donner des missions aux habitants du lieu. Ce missionnaire y vint dès le mois d'août et y baptisa Antoine, fils de Pierre Leclerc et de Marie-Anne Lavoie. C’est le premier baptême célébré dans la seigneurie. A sa cinquième visite (1771), il maria Jean-Baptiste Rivard et Marie-Claire Blondau. C’est le premier mariage dans la seigneurie. En 1771, le père Maquet se rendit au coteau de La Cascade y bénir un terrain de cimetière. En 1775, après sept années de service, il était remplacé par le père Théophile Dugost, récollet, en religion, frère Chrysostome. Il fit trois missions dans la seigneurie, jusqu'en 1 777. Tous ces offices se firent ou dans la maison du seigneur à Rapide Plat ou dans une petite maison adjacente qu’il consacra au culte.  Mais la population augmentant, la modeste chapelle devint vite trop petite. C’est pourquoi, dès 1774, Mgr Briand, évêque de Québec mandatait le père Charles Germain d’aller choisir un site convenable pour I’édification d’une église pour les habitants de la seigneurie. Cet envoyé choisit le site de La Cascade, actuel terrain de la paroisse Notre-Dame. Ce choix était judicieux, bien qu’il fût à 3 lieues de Rapide Plat. II y avait là de grands rapides très prometteurs pour un moulin à farine et le défrichement des nouvelles terres se dirigeait en ce sens.

Les requêtes d’usage allaient être adressées à I’évêque de Québec, pour la demande de construction d’une église, quand la guerre d’Indépendance américaine vint entraver le cours des événements. Le 27 novembre 1777, I’évêque de Québec, de plus en plus désireux de doter ses diocésains d’un curé régulier, écrivit au curé de Saint Mathieu de Beloeil, messire François Noiseux pour lui demander de prendre en charge spirituelle la seigneurie de Maska. À partir de ce jour, celle-ci cessa d’appartenir à la cure de Saint-Michel. C’est le 14 décembre 1777 que le curé Noiseux vint faire à Saint-Hyacinthe sa première mission. Après avoir célébré la messe à la maison du seigneur, à Rapide Plat, il ouvrit les registres de la paroisse naissante, en y conférant le premier baptême consigné dans les livres: celui de Marguerite, fille d’Antoine Jared et de Marguerite Bérard. Cette ouverture de registres marque le début de la paroisse de Saint-Hyacinthe, aujourd’hui Notre-Dame du Rosaire. Nous verrons la semaine prochaine la première tranche de l’histoire de la paroisse desservie par des curés résidents.

Photo: Monument Delorme, 1961. Collection du Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH548.

<<Notre-Dame du Rosaire (1)        Notre-Dame du Rosaire (3)>>