Les trois messes de Noël

Par Albert Rémillard
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 20 décembre 2006

La fête de Noël approche à grands pas et les croyants se réparent à commémorer la naissance du Christ. Une coutume, reliée à cet événement, solidement ancrée dans les mœurs québécoises consiste à assister à la messe de Minuit. Mais, d’où vient cette coutume ?

Crèche monumentaleL'usage de célébrer trois messes pour souligner la naissance du Christ s'est établi dès le VIIe siècle, à cause de la nécessité pour le pape de célébrer l'office de Noël dans plusieurs églises de Rome. C'est à partir du règne de l’empereur Charlemagne (742 à 814) que cet usage s'étendit à tout l'empire romain-germanique, et ce n'est qu'au XIXe siècle que l'on prit l'habitude de célébrer les trois messes à la suite.

Se basant sur le contenu des évangiles respectifs de ces trois messes figurant dans le missel romain, les fidèles en sont venus à appeler la première messe « messe des Anges », la seconde « messe des Bergers » et la dernière « messe du Verbe divin ». Ces trois messes sont mieux connues sous le nom de : « messe de Minuit, messe de l'Aurore et messe du Jour.» L'assistance à ces trois messes, la nuit de Noël, ne saurait être complète sans une visite à la crèche pour rendre hommage à l'Enfant Jésus.

La messe de Minuit
À l'origine, cette première des trois messes était célébrée par le pape, vers minuit, dans la chapelle de l'église Sainte-Marie-Majeure, à Rome, devant une assemblée restreinte. En l'an 440, le pape Sixte III avait fait construire cette petite chapelle afin d'y installer une crèche, qui reproduisait fidèlement celle de Bethléem.

La célébration de la messe de Sainte-Marie-Majeure, à minuit, repose en fait sur l'ancienne croyance voulant que Jésus soit né précisément à cette heure. Celle-ci remonterait au XIIIe siècle et c'est à sainte Élizabeth de Hongrie que nous la devons. Toutefois, un hymne latin datant du IVe siècle, « Quando noctis medium », reflétait déjà cette croyance à la naissance du Messie sur le coup de minuit.

Solennelle et déjà grandiose par la sonnerie joyeuse des cloches et des carillons, par la lumière jaillissant de toutes parts et par les chants d'allégresse, la messe de Minuit atteignait son point culminant avec la procession de l'Enfant Jésus. Aujourd'hui encore, dans certaines églises du Québec on a conservé cette coutume, allant même parfois jusqu'à conférer à un jeune couple et à leur bébé le privilège de représenter la Sainte Famille.

La messe de l'Aurore
Suivant immédiatement la messe de Minuit, la messe de l'Aurore constituait la deuxième messe de la Nativité à laquelle, d'ailleurs, la plupart des fidèles se faisaient un devoir d'assister.

Cette messe a été substituée à la messe originelle en l'honneur de sainte Anastasie, qui était célébrée par le pape à l'aurore dans l'église romaine de Saint-Athanase. Dans la liturgie actuelle, le nom de la sainte est à peine mentionné, si bien qu'on a pratiquement perdu toute trace des origines de cette messe.

La messe du Jour
La célébration publique et officielle de la fête de la Nativité avait lieu le matin de Noël en l'église Saint-Pierre de Rome. Une foule nombreuse se massait dans l'église pour assister à cette messe célébrée par le pape, pour y recevoir la communion de même que la bénédiction pontificale.

Cette messe traditionnelle a perduré tout au long des siècles. Aujourd'hui encore, nombre de fidèles et de pèlerins se rendent toujours sur la place Saint-Pierre pour assister à cette grande cérémonie.

Pour l'Église catholique, Noël demeure encore la seule fête religieuse à être célébrée par une trilogie de messes.

La visite à la crèche
La coutume voulait qu'une fois la dernière messe entendue, on se rende en famille faire une visite à la crèche pour y voir l'Enfant Jésus. Pour les tout-petits qui n'avaient pu assister à la messe de Minuit, c'est le jour de Noël qu'on les amenait voir le « petit Jésus » et y déposer dans le « bel ange » leur aumône pour la quête de l'Enfant Jésus.

Photo:
Une crèche monumentale, comme il en a existé quelques-unes dans la région, principalement dans les institutions religieuses. Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH085 Studio B.J. Hébert.