Notre-Dame du Rosaire (5)
Le deuxième siècle de vie paroissiale

Par Jules-Antonin Plourde
Article paru dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 5 octobre 1977.

Nous avons raconté, dans un article précédent, le premier siècle de cette histoire, au cours duquel neuf curés séculiers ont dirigé les destinées spirituelles de la communauté chrétienne. En suivant la lignée des vingt curés dominicains, racontons brièvement maintenant le second siècle de cette histoire paroissiale. C’est le 5 octobre 1873, que les Dominicains prenaient en charge la paroisse Notre-Dame du Rosaire. Le premier curé fut le père Louis-Thomas Bourgeois (1873-1875). Il ne fut curé que deux ans, mais il eut la charge d’asseoir les débuts de la fondation. II était Français, comme d’ailleurs tous les premiers dominicains. Les deux premiers marguillers à être élus sous la nouvelle administration dominicaine furent MM. Joseph Jodoin et Joseph Viens.

Alvare Blanchard (1875-1879) fit de grands travaux à l’église, pour l’adapter à la liturgie dominicaine. Il fit fondre à Lyon une grosse cloche pour remplacer la vénérable aïeule dont la voix est brisée, et à qui on a dressé le monument du bicentenaire. Laurent Fabre (1880-1883) fit poser la magnifique clôture en fonte qui clôtura le parterre de l’église jusqu’à ces dernières années. Il fonda l’Oeuvre des tabernacles pour veiller au bon entretien de la lingerie liturgique. Thomas Morand (1883-1886) fit faire des réparations à I’ancien presbytère séculier, qui tombait en ruine.

Hyacinthe Gadbois (I886) est le premier dominicain canadien à devenir curé à Notre-Dame. II avait fait ses études au collège de Saint-Hyacinthe. Il a I’honneur, avec le père Gonthier, d’être la première recrue canadienne à être entrée dans I’Ordre dominicain. II ne fut curé qu’une année et fut emporté par la petite vérole. Ange-Célestin Côté (1886-1895) mit tout son zèle à décorer la maison de Dieu, mais au détriment des finances paroissiales. On le vénéra comme le saint père Côté. Louis-Alphonse Rondot (1895-1903), curé français qui agrémenta ses paroissiens par son admirable prédication et ses goûts plus douteux de la décoration. C’est lui qui eut I’idée d’une chaire en forme de calice qui roulait sur rail jusqu’au milieu de léglise!

Marcolin Fortuit (1897-1898), un Français, ne fit que passer. Pie-Marie Béliveau (1903-1906) continue la lignée des curés canadiens. II surveilla les finances de près, mais surtout se donna tout entier à ses fidèles. Jean Bacon (1906-1909) porta l’épreuve du feu sur son église. Après la restauration de 1 907, il fit faire l’estimation des édifices paroissiaux: sacristie: $9,000; église: $61,000. Raymond Hamel (1909-1917) eut à lutter contre le fléau de la boisson et de la misère, mais il perdit sa campagne en faveur de la prohibition. Tête forte lui-même, il eut à affronter certains paroissiens bruyants. Du point de vue matériel, il fit de grands travaux à l’église paroissiale. Réginald Ouimet (1917-1924) fit transformer la maison du bedeau en salle paroissiale pour les associations. Il fonda une bibliothèque paroissiale. Dominique-Augustin Turcotte (1924-1930) se sentait mal à l’aise comme curé, lui qui désirait ardemment vivre en cellule. Il fit quelques réfections matérielles. Nicolas Ferron (1930 1938) fit de grands travaux à l’église, transformant la grande sacristie en choeur pour les religieux. C’est lui qui donna à la paroisse Saint Joachim de Shefford les trois autels sculptés par Quévillon en 1801.

Jacques Surprenant (1939-1943) fit ériger un chemin de croix au cimetière et défaire les remises qui encombraient le terrain de la fabrique. Fernand Fortin (1943-1951) fit adopter le projet d’une vaste salle paroissiale qui allait devenir le Centre Notre-Dame. Il est actuellement prieur du couvent des Dominicains de Saint-Hyacinthe. Louis-Philippe Fiset (1951-1960) fit faire une réfection complète du grand orgue, adopta le chauffage à I’huile pour l’église et rénova entièrement la chapelle Saint-Vincent. Jean-Jacques Dorion (1960-1963) apporta à la paroisse ce qu’il avait de mieux: sa bonne humeur serviable. Benoît Breton (1963-1973) restaura l’église pour la mettre à I’heure de la liturgie de Vatican II. Cette restauration est un chef d’oeuvre de simplicité et de beauté qui, à I’encontre de plusieurs autres, n’a aucunement défiguré la sobre ligne de l’église Notre-Dame. C’est lui qui était en charge aux fêtes du centenaire de I’arrivée des Dominicains au Canada, en 1973. Henri-Dominique Lecavalier est l’actuel curé dominicain de Notre-Dame. Le bicentenaire que célèbre sa paroisse, il le voit, non pas comme une célébration des oeuvres matérielles réalisées dans le passé, mais comme une fête des personnes qui ont oeuvré depuis le début à faire la communauté paroissiale. C’est la fête des paroissiens et paroissiennes d’autrefois, comme aujourd’hui, qui, par leur foi chrétienne et leur solidarité humaine, ont su et essaient encore de promouvoir les intérêts de Dieu et la fraternité paroissiale.

Photo: Louis-Thomas Bourgeois, dominicain. Collection du Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH001.

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