Le temps des sucres !


À chaque année, ce moment est attendu avec impatience. Si pour certains, cette période rime avec l’arrivée du temps plus doux et la fin des grands froids, pour d’autres, c’est l’occasion rêvée de se sucrer le bec ! L’origine de l’exploitation de l’érable à sucre remonte à plus de trois siècles, c’est-à-dire au moment de la découverte par les Européens du savoir-faire des peuples Autochtones.
Dans leur ouvrage C’était le printemps, Jean Provencher et Johanne Blanchet nous plonge dans l’atmosphère de la première moitié du XIXe siècle et nous raconte comment s’y prend l’habitant pour exploiter la sève sucré des érables : « À une hauteur raisonnable du sol, on pratique une incision sur chacun des arbres choisis au moyen de la hache ou de la gouge. La sève s’égoutte le long d’une goutterelle de cèdre dans une auge de sapin placée au pied de l’arbre. Pour obtenir une bonne récolte d’eau d’érable, il ne reste plus à l’entailleur qu’à souhaiter des nuits de gel alternant avec des jours de dégel. Le froid durant la journée, la bise du nordet et la pluie sont des grands ennemis. L’habitant s’aide du joug et de deux tonneaux pour " courir les érables ", la besogne la plus harassante de la saison des sucres. Raquettes au pieds, sur un terrain souvent accidenté ou encombré de branches, à la merci du moindre ruisseau caché sous la neige, il fait quotidiennement la tournée des arbres pour alimenter d’eau les bacs qui servent de bouilloires ». À cette époque, le sucre d’érable est le seul sucre consommé dans les campagnes. D’ailleurs, ce produit peut représenter un important revenu d’appoint pour les cultivateurs, ce qui explique la montée de sa production au Québec durant la seconde moitié du XIXe siècle. Ce n’est toutefois qu’au tournant du siècle que le passage du sucre au sirop se fait. Avec le temps, les techniques et les outils utilisés se peaufinent favorisant une amélioration des rendements et une commercialisation à grande échelle des produits de l’érable.


Photographie
Dégustation de tire sur la neige à la cabane à sucre Mont-Rouge, à Rougemont en 1957.
Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH116/AP-05146 Fonds Studio Lumière.


Vincent Bernard, historien, mars 2019.