Le cinéma à Saint-Hyacinthe (1)


Première bobine

Le 28 décembre 1895, à Paris, les frères Lumière donnèrent leurs premières représentations publiques du cinématographe, un appareil capable de projeter des images animées. Ce qu'il faut savoir, c'est que bien avant l’invention des frères lyonnais, les Maskoutains eurent droit à des projections d’images publiques.

En effet, la première mention dans les journaux survint le 13 novembre 1955 dans les pages du Courrier de Saint-Hyacinthe : « M. J. Burton vient d’arriver à St. Hyacinthe avec son Panorama de la guerre de Russie. Les personnes qui voudront avoir une idée correcte de la position des armées alliées en Crimée, pourront se rendre ce soir et demain au théâtre Marchessault. Les journaux de Montréal, où ce Panorama a été exhibé, en font le plus grand éloge. Nous espérons qu’il y aura foule. »


Vingt ans plus tard, en mai 1875, dans la salle située au deuxième étage du Marché-centre, les Maskoutains furent invités à une représentation stéréoptique. Devant une salle comble, M. Buell projeta, au « moyen d’une lumière électrique habilement disposée, les paysages les plus pittoresques, les monuments les plus célèbres, les plus belles villes du monde. » 


Cette séance fut suivie quelques années plus tard par une projection privée dans la grande salle de récréation du collège. Le journaliste du Courrier, invité en qualité de « reporter » explique le procédé dans l’édition du 23 septembre 1882: « Le stéréopticon est une lanterne magique perfectionnée dans laquelle la lampe traditionnelle est remplacée par un jet de lumière tout puissant alimenté par deux courants de gaz hydrogène et oxygène. »

Finalement, le 15 avril 1897, le Courrier aborda enfin de l’invention des Frères Lumière : « Presque tous nos concitoyens ont entendu parler du Cinématographe […] qui donne à la photographie, l’illusion de la réalité et la fait en quelque sorte vivre et agir sous nos yeux. » On mentionna les Lumière, puisque la venue de cette « merveille » dans la salle de l’Hôtel de Ville (en haut du marché-centre) fut prévue pour la semaine suivante. Au total, les Maskoutains assistèrent à une des onze séances présentées par Louis Minier et Louis Pupier, deux projectionnistes ambulants visitèrent les villes de Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke et Saint-Jean. Sans en être certains, les films projetés furent sans doute « L’arrivée d’un train en gare », « La sortie des usines Lumière à Lyon » et peut-être « L’arroseur arrosé ».

Après cette grande première de 1897, Saint-Hyacinthe recevra la visite du vicomte d’Hauterives, un forain qui soulèvera l’intérêt des spectateurs avec son Historiagraphe. Cet individu projeta des bandes des Lumières, Méliès et Pathé, nous apprend Yves Levers dans son Histoire générale du cinéma au Québec. L’appareil fut nommé ainsi, car le vicomte et sa mère, la comtesse de Hauterives, voulurent « enseigner l’histoire universelle dans les écoles ». Le couple qui aura réalisé autant de projections que leurs concurrents réunis viendront à Saint-Hyacinthe à plusieurs reprises puisqu’ils parcoururent le Québec lors de neuf années consécutives au tournant des XIXe et XXe siècles.


Au temps du muet
Au temps du cinéma muet, le film est le cœur de la représentation, mais il demeure un des éléments qui captent l’attention du public. Feu Gilles Guertin, un ancien président du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, identifia les quatre acteurs nécessaires à la qualité du spectacle.

D’abord, le propriétaire de la salle qui s’occupe de la vente de billet et de la publicité. Ensuite, le projectionniste qui voit au déroulement manuel ou mécanique de la pellicule et au bon fonctionnement des appareils. Puis, le bonimenteur, comme le Vicomte de Hauterives, qui explique dans un langage coloré les péripéties de l’action aux spectateurs. Enfin, pour mettre de l’ambiance dans la salle et donner du rythme aux images projetées, il y avait le musicien, ou encore, un orchestre.

Ces quatre acteurs participaient à la performance dont le but était, bien sûr, de donner un bon divertissement, mais également, d’amener le plus de spectateurs possible à faire tourner les guichets.


Un cinéma sans domicile fixe
Au cours de cette période, il n’y eut pas de véritables salles de cinéma telles qu’on les connaît aujourd’hui. En plus de la salle du marché qui en plus d’être l’endroit où se réunirent les élus municipaux et qui servi également d’endroit de prédilection pour le théâtre, les soirées dramatiques et musicales et autres réunions de tout acabit, d’autres bâtiments furent également utilisés comme cinéma.

Il y eut la salle du Cercle Montcalm, située à l’angle des rues Piété (Duclos) et Cascades, le Théâtre des Nouveautés qui ouvrit ses portes en 1905 sur la rue St-François près du marché-centre et l’Autoscope qui reçut ses premiers spectateurs le 1er avril 1907. Cet endroit, situé dans la nouvelle partie de l’hôtel Yamaska, est connu aujourd’hui comme étant l’Hôtel de Ville de Saint-Hyacinthe. Il y eut également le Théâtre Français, situé sur la rue Concorde Nord, devant l’actuelle morgue Mongeau, qui connut une existence éphémère, soit de novembre 1910 à mars 1911.

La salle du Cercle Montcalm qui accueillit le vicomte Hauterives en 1897 changea de noms et de propriétaires à quelques reprises au cours de son existence. Après le Cercle Montcalm, ce fut la Garde Salaberry qui occupa les lieux. Vers 1906, on désigna l’endroit sous le nom de Salle de l’Opéra. En 1908, Alphonse Gervais, un ancien joueur de baseball, qui fut gérant du parc Laframboise au début des années 1910 et propriétaire du Palais des Nouveautés, rue Saint-François, acheta le bâtiment et nomma l’endroit Théâtre Bijou. 


Un témoignage d'époque
Laissons Camille Madore (1907-1985), un ancien membre du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, nous raconter sa première expérience au cinéma.


« C’est au théâtre Bijou, en 1912, que j’ai fait connaissance avec le cinématographe dans cette salle de spectacles […] dont l’entrée se trouvait sur la rue Piété (Duclos). On y accédait par une porte, qui existe encore aujourd’hui (1973). Ce jour-là, on montrait un film intitulé « Les exploits d’Helen ». Il s’agissait d’un drame qui se déroulait dans le monde du chemin de fer et les locomotives semblaient bondir hors de l’écran et se précipiter dans la salle, ce qui provoquait des cris de frayeur des spectateurs, surtout des enfants. »

C’était bien avant l’avènement du cinéma en 3D !


À suivre... 


Photos:
Le cinématographe des frères Lumière. 
Source: http://www.institut-lumiere.org

Le marché-centre avant le grand feu de 1876. C'est au deuxième étage de cet édifice que l'on se réunit à l'occasion pour assister à des projections publiques. 
Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH478/14.


Paul Foisy, juillet 2019.

Consultez le texte « Action » qui donne un aperçu des tournages effectués à Saint-Hyacinthe.