Maisons de la rue Girouard (19)


Par France Labossière
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 19 mai 2011.


Maison Adrien Auger


« En ces jours de prospérité, M. Devane avait bâti, au 305 rue Girouard, une jolie résidence qu’il habita quelque temps avant de la céder au jeune avocat Maurice Saint-Jacques.»
 - Histoire de la ville de Saint-Hyacinthe, Mgr Choquette, 1930, page 368.


En effet, la maison qui porte aujourd’hui le numéro civique 2755 Girouard Ouest et qui fut bâtie vers 1880 pour un certain Timothy Devane qui, dépendamment des contrats notariés consultés, est « mécanicien et usinier de la paroisse de Saint-Hyacinthe », « plombier » ou « fondeur ».


C'est en 1882 qu’il est clairement fait mention d’une maison alors que monsieur Devane contracte une hypothèque et met en garantie le terrain «…connu et désigné aux dits plan et livre de renvoi officiels comme étant le lot numéro 390, avec une maison, une fonderie, une boutique à machineries et autres bâtisses y érigées.» Monsieur Devane exploitait en effet à cet endroit ainsi que sur le terrain voisin, des forges, avec les chaudières et les cuves nécessaires à leur fonctionnement.


L’emplacement fait l’objet en 1884 d'un bref de saisie en faveur du créancier, le Séminaire de Saint-Hyacinthe qui revend le tout la même année à Henriette Dessaulles. Fille du seigneur et maire Georges-Casimir Dessaulles, elle est une figure maskoutaine importante à titre de journaliste et de femme de lettres connue sous le pseudonyme de « Fadette ».


En 1881, elle épouse l’avocat Maurice St-Jacques qui, après des études en droit à l’Université Laval, pratique en société avec Ernest-Raphaël Fontaine puis fonde la firme « Fontaine, St-Jacques et Fontaine ». Il travaille avec des hommes d’affaires maskoutains au projet de construction du chemin de fer entre Saint-Hyacinthe et Brigham et décède en 1897 des suites d’une pneumonie, une semaine avant les élections provinciales pour lesquelles il s’était porté candidat.


Henriette Dessaulles, devenue veuve, vend alors l’emplacement la même année à son beau-frère « Frémont Saint-Jacques, Ecuier et marchand » dont l’épouse, devenue veuve à son tour, vend la résidence en 1903 à monsieur Rosario Alexandre Trudeau, surintendant de chemin de fer, qui en sera propriétaire durant près de trente ans.


À l’époque, la maison avait une allure complètement différente de celle que l’on peut voir actuellement. Tel qu’indiqué aux plans d’assurance de la ville, il y avait autrefois une galerie qui couvrait l’entrée et ceinturait la demeure, se prolongeant du côté Est de la maison. Mais la différence la plus significative se situe au niveau du volume même de la résidence. En effet, les plans d’assurance de 1904 indiquent une maison de un étage et demi tandis qu’elle possède deux étages aujourd’hui.


C'est en 1936 que la toiture est relevée de quatre pieds afin d’en faire une résidence à deux étages, comme l’indique un permis de construction émis par la municipalité le 18 septembre 1936. C’est l’architecte G. René Richer qui fait les plans de modifications à la résidence, modifications qui consistent également en la réfection intérieure de la bâtisse. René Richer utilise un langage classique en travaillant le plan de façon à obtenir une symétrie presque parfaite des volumes. Un solarium est fort probablement ajouté à cette date, du côté Sud-Est de la maison.


En élévation, l’allure est tout aussi classique, les nombreuses ouvertures étant disposées de façon très régulière et symétrique. Des portes-fenêtres aux balustrades en fer forgé, prennent place de part et d’autre de la porte d’entrée principale à pourtour en pierre contrastant avec la brique. Cette porte s’ouvre sur un perron dont les marches qui lui donnent accès sont de forme arrondie.


Cette résidence de brique imposante coiffée d’un toit pavillon percé de hautes cheminées en briques et d’une lucarne rampante en façade, possède une corniche à consoles rectilignes interrompue par des frontons surmontant les fenêtres du premier étage alignées avec les fenêtres du rez-de-chaussée. La simplicité des lignes, du traitement des surfaces ainsi que l’utilisation de la symétrie en font une maison d’influence classique Edwardien populaire au début du XXe siècle.


La maison est ainsi modifiée pour le compte de monsieur Adrien Auger, commerçant maskoutain et fils adoptif de monsieur Adrien Blondin qui possédait un commerce de plomberie et de ferronnerie. Ce commerce, connu sous le nom de «Blondin et compagnie », fut dissout en 1956 au décès d’Adrien Auger qui avait pris la relève de son père.


La maison a été subséquemment agrandie à l’arrière, sans altérer son allure des années 1930.


Photo:
France Labossière, 2006.


Cet article est le 19e d'une longue série.


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