La Saint-Jean-Baptiste de 1905 à Saint-Jude


Par Raymond Girouard
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 14 juin 1989


Dans sa brochure de 1905, l’abbé Filiatrault fait une dissertation sur le drapeau fleurdelisé qu’il a soumis. Il allègue, dans cette brochure, l’inconvenance de l’effigie du Sacré-Coeur sur un drapeau qui doit représenter une nation, dont pluralité des croyances religieuses. Il semble trouver inconcevable qu’un drapeau qui porte l’effigie du Sacré-Coeur soit arboré dans des réjouissances populaires et publiques.


Il termine ainsi : « À l’oeuvre donc le 24 juin prochain et que ce jour devienne une date de notre histoire par l’apparition de notre drapeau national. »


En juin 1905, à l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste, un mât de plus de 60 pieds fut élevé à Saint Jude, au centre de la rue Saint-Edouard, angle de la rue Saint-Pierre.


Le drapeau « fleudelisé » du curé Filiatrault fut hissé au mât au son de la fanfare de Saint-Aimé. Messe d’ouverture en l’église paroissiale de Saint-Jude, un sermon vibrant de patriotisme par l’abbé Filiatrault ; un reportage du journal La Patrie couvrait cet événement.


Toutefois, en 1926, l’Assemblée législative, qui paraissait ne savoir quelle position adopter face à cette campagne publicitaire pour le drapeau Carillon-Sacré-Coeur, lui donne un genre de consécration officielle et le donne pour couleurs à la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, qui le conservera dans la refonte de sa charte, en 1937.


Le drapeau Carillon du curé Filiatrault restera aux oubliettes jusqu’en 1948. Le 21 janvier 1948, à trois heures de l’après-midi, ce drapeau, mais avec fleurs de lys verticales, était hissé sur le parlement du Québec, alors qu’en chambre, le premier ministre, l’honorable Maurice Duplessis, annonçait que ce drapeau était maintenant officiel.


Le 9 mars 1950, la loi concernant le drapeau officiel était unanimement adoptée par l’Assemblée nationale, avec publication dans la Gazette officielle le 21 avril suivant. La suggestion du curé Filiatrault devenait donc réalité.


Les personnes âgées de Saint-Jude rappelaient souvent cet événement que l’on nommait : « La Fête de Carillon du curé Filiatrault ».

La Saint-Jean-Baptiste fut fêtée pratiquement à chaque année, à Saint-Jude, mais celle de 1905 écrivait une page importante de l’histoire de la paroisse, puisqu’elle donnait aux Canadiens français l’opportunité d’avoir un drapeau national.


Un exemplaire de ce drapeau Carillon existe encore aujourd’hui, du seul tirage, semble-t-il, qu’ait fait imprimer l’abbé Elphège Filiatrault. Ce drapeau fut trouvé intact, récupéré par le sacristain dans un meuble abandonné au grenier du presbytère de Saint-Jude. Ce drapeau fut miraculeusement préservé lors de l’incendie de 1939, qui faillit détruire de fond en comble ce presbytère.


En 1982, lors des célébrations du 150e anniversaire de l’érection canonique de la paroisse de Saint-Jude, ce drapeau fut placé dans le chœur de l’église.


Dans le bulletin paroissial de ce dimanche, on pouvait lire cette assertion : « Le drapeau
que vous voyez devant vous est à l’origine du drapeau actuel du Québec. » 


Photo :
L'abbé Fliliatraut devant l'église de Saint-Jude.
Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.

La photo du haut montre une série de brochures conservées au Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.