Harry Bernard protège ses sources journalistiques


Depuis quelques temps, un grand débat fait rage au Québec sur la protection de sources journalistiques. Le point culminant est sans aucun doute la décision de la Cour supérieure du Québec d'annuler  une décision du juge du procès de Nathalie Normandeau, ex-vice-première-ministre du Québec, et de Marc-Yvan Côté, ex-président de la firme de génie-conseil Roche afin d'obliger la journaliste Marie-Maude Denis de témoigner dans leur procès pour fraude et abus de confiance.


Cette affaire n'est pas sans rappeler qu'en 1944, Harry Bernard, journaliste et rédacteur en chef du journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe, refusa de révéler ses sources lors d'une enquête municipale.


L'enquête extraordinaire, commandée par le conseil municipal lors de la séance régulière du 7 février 1944, veut faire la lumière sur les allégations du journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe, dans son édition du 4 février 1944, à l'effet que lors d'un incendie survenu le 21 janvier 1944, la centrale électrique de Saint-Hyacinthe aurait été incapable de produire une somme suffisante d'énergie afin de pomper l'eau nécessaire au travail des pompiers.


Ainsi, dans son éditorial du 4 février 1944, le rédacteur en chef du Courrier, affirme que « [s]i on manque d'eau le 21 janvier 1944, c'est que les pompes de la centrale étaient incapables de tenir les dites pompes en action. [...] Il est tellement vrai qu'on manqua d'eau le 21 janvier, qu'on en manqua même pour assurer le refroidissement des moteurs de la centrale, lesquels durent arrêter complètement de fonctionner, donc de pomper pendant vingt minutes. »


À la suite de ces allégations, le maire T.-D. Bouchard voit rouge et, avec l'assentiment du conseil municipal, demande la tenue d'une enquête qui débutera quelques jours plus tard.


Le 18 février 1944, le journal Le Courrier titre: « Le directeur de notre journal menacé indirectement de prison par l'échevin Victor Chabot ». Dans cet article qui fait le résumé de la comparution d'Harry Bernard lors de cette enquête, on écrit que lors de « l'enquête municipale, M. Harry Bernard refuse de divulguer ses sources d'information, et l'échevin Chabot lui rappelle que des journalistes furent déjà envoyés en prison, pour refus de témoigner devant les tribunaux. »


L'article se poursuit:  « L'échevin Chabot, qui est avocat dans le privé, le questionna. Il répondit volontiers aux questions proprement légales, mais quand Me Chabot lui demanda qui lui avait fourni certaines informations en marge de l'incendie du 21 janvier à Saint-Hyacinthe, utilisées par lui dans deux articles de rédaction de son journal. en date des 28 janvier et 4 février, il prit la seule attitude qu'un journaliste doit prendre en pareille circonstance. Il dit qu'un journaliste sérieux ne divulgue jamais ses sources d'information et qu'il invoquait à ce propos le secret professionnel. » [...] M. Chabot lut alors un article de la charte de Saint-Hyacinthe où il est question de sanctions dans le cas d'un témoin récalcitrant, et il ajouta quelques mots à propos de journalistes qui avaient déjà été en prison pour n'avoir pas voulu rendre témoignage devant les tribunaux.»


Quelle fut la réponde de ce grand journaliste Harry Bernard? « J'irai, [...] si ça peut vous faire plaisir. »


Voilà un petit volet de l'histoire maskoutaine qui met en vedette le rédacteur Bernard et le maire Bouchard. Pendant des décennies ces messieurs s'affrontent par le biais du Courrier de Saint-Hyacinthe et de son concurrent Le Clairon. L'affaire de l'incendie du 21 janvier 1944 en est un bel exemple.


Paul Foisy, mars 2018. En collaboration avec Guy Desruisseaux.