Vol au cimetière!


C’est avec une grande tristesse que nous apprenions la semaine dernière le vol d’une œuvre d’art installée sur un monument dans le cimetière de la Cathédrale. En effet, après le vol de la cloche de l’église Notre-Dame-du-Rosaire qui fut perpétré il y a quelques années, c’est maintenant une statue de bronze faisant corps avec le monument consacré aux sinistrés de l’incendie du Collège Sacré-Cœur de Saint-Hyacinthe qui fut volée la semaine dernière.


Cette statue mesurant 6 pieds 3 pouces était l’œuvre de J.-Émile Brunet, un sculpteur réputé à qui l’on doit des monuments représentant des figures célèbres telles Wilfrid Laurier, le Frère André et Marie de l’Incarnation. En plus de ces sculptures, Brunet produisit un grand nombre de monuments funéraires comme celui consacré aux victimes de l’incendie du Collège Sacré-Cœur de Saint-Hyacinthe.


Pour mémoire, il faut noter que quelques semaines avant le vol, une photo récente du monument avait paru sur la page Facebook « T’es Maskoutain si… ».


Un peu d’histoire
Le 18 janvier 1938, un incendie ravage complètement le Collège Sacré-Cœur de Saint-Hyacinthe. Cette maison d’enseignement avait pignon sur rue où l’on retrouve actuellement l’église Sacré-Cœur. L’incendie funeste fait 46 victimes parmi lesquelles on retrouve des étudiants et des religieux. La tragédie secoue la communauté de Saint-Hyacinthe, mais frappe également la population du Québec.


Quelques mois plus tard, en avril 1938, les victimes sont portées à leur dernier repos lors d’une imposante cérémonie. L’inhumation des restes des victimes se déroule dans le cimetière du collège. Selon les rédacteurs du livre consacré au 50e anniversaire de la paroisse Sacré-Cœur-de-Jésus, le cimetière était situé au fond du terrain du collège incendié, plus précisément à l’angle nord-est des rues Papineau et Malhiot aujourd’hui.


Au même moment, le Conseil de la Fédération des Amicales des anciens élèves des Frères du Sacré-Coeur ainsi que le Conseil de l’amicale de l’institution détruite décident conjointement de former un comité chargé de lancer une campagne de souscription pour ériger un monument en hommage aux victimes de l’incendie.


L’industriel Eugène Côté accepte la présidence de ce comité qui veut réunir la somme de 3000 $. Des sous-comités avec des objectifs financiers précis sont mis en branle afin de recueillir des fonds auprès des corps publics ; des parents des victimes ; des institutions religieuses, des paroisses et des associations ; des marchands, des manufacturiers, des banques et des théâtres ; des professionnels ; des anciens du Collège et des écoles. Après quelques semaines de sollicitation, les résultats de la campagne de financement dépassent les espérances puisqu’un montant de 8200 $ est réuni pour souligner la mémoire des victimes.


Le comité poursuit son travail en recevant et en examinant des projets de monuments. Parmi les 22 projets reçus, celui proposé par le sculpteur J.-Émile Brunet est celui qui correspond le mieux aux attentes. Mais avant de donner son aval, le comité demande à l’architecte maskoutain René Richer de vérifier les données techniques.


Au cours de l’automne 1938, le monument fait de granit gris de Barre est finalement installé sur la fosse commune. L’installation de la statue du Sacré-Coeur se fera plus tard, car le bronze sera coulé en France. Ainsi, lors du Congrès général de la Fédération des Amicales des Anciens du Sacré-Cœur, tenu à Saint-Hyacinthe, le 25 juin 1939, on dévoile le monument aux victimes désormais terminé.


Au printemps 1948, le comité du monument ferme les livres et remet ses actifs à la Corporation épiscopale du Diocèse de Saint-Hyacinthe. Cette action fait suite à la vente des terres du collège. La Corporation épiscopale accepte alors la responsabilité d’exhumer les victimes de l’incendie et de déménager le monument dans le cimetière de la Cathédrale où il est présentement installé.


Malheureusement, ce monument se retrouve aujourd’hui amputé. Cette action déplorable fait en sorte que les sinistrés du Collège Sacré-Cœur sont de nouveau victimes ; non pas d’un acte de Dieu, mais bien d’une main criminelle.


Photo:
Le monument consacré aux victimes de l'incendie du Collège Sacré-Coeur de Saint-Hyacinthe tel qu'il était avant le vol de la statue. Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, Fonds CH366 Jacques Fiset.


 


Paul Foisy, 26 juilllet 2017.